F COMME FUKUSHIMA

La terre abandonnée, Gilles Laurent, Belgique, 2016, 73 minutes.

Peut-on encore vivre à Fukushima ? Et autour de Fukushima ? Dans cette « zone » évacuée de ses habitants après la catastrophe nucléaire. Une zone où les taux de radioactivité sont élevés, bien au-delà des normes. Une zone dangereuse donc pour la vie, des humains comme des animaux. Mais le poison qui la mine est invisible, et inodore, ce qui le rend encore plus dangereux, car sa présence ne peut être révélée que par des machines. Au jour le jour tout peut sembler si paisible autour de Fukushima.

Le film de Gilles Laurent s’ouvre sur l’arrivée, en voiture, dans une petite ville de la zone abandonnée, Tomioka. Un travelling avant, lent, très lent, comme si le cinéaste hésitait à s’aventurer là ; dans cette rue morte, avec ses maisons fermées. Une rue vide, où il n’y a pourtant aucune trace visible de la catastrophe et du danger mortel qui pourtant, lui, est bien présent. Le dernier plan du film, en sens inverse, sera aussi un long travelling, latéral cette fois, sur les maisons qui bordent une rue de Tomioka, des façades de maisons abandonnées qui défilent bien plus vite qu’à l’arrivée, comme si le cinéaste avait hâte de quitter ce lieu de mort.

Entre ces deux plans, le cinéaste nous aura fait pénétrer dans la zone – pas vraiment une visite touristique ! Surtout, il nous aura fait rencontrer quelques-uns des anciens habitants de Tomioka, ceux qui ont refusé de partir, qui ont décidé d’affronter le danger des radiations, où faire comme s’il n’existait pas. Ils continuent de vivre chez eux. Mais peuvent-ils continuer de vivre comme avant ?

la terre abandonée2

Ils sont peu nombreux, mais ils sont obstinés. Comme cet homme qui a fait le tour du monde pour parler de la catastrophe et qui dit de lui-même qu’il est totalement irradié. Il garde son père âgé, et s’est occupé depuis la catastrophe de tous ces chiens et chats abandonnés par ceux qui sont partis. Il y a aussi  ces quatre femmes qui se réunissent pour boire le café en faisant  de la musique pour accompagner leur chant et quelques autres que l’on croisera rapidement. Tous sont désabusés : « le Japon est foutu » entend-on dire.

la-terre-abandonnee

On assiste aux opérations de « décontaminations », où il faut creuser la terre à la pelleteuse ou couper des arbres et enfermer le tout dans de grands sacs noirs – qu’on retrouve dans toutes les rues. Des opérations longues que ces derniers habitants  jugent peu utiles. En fait ils ne font plus aucune confiance au gouvernement. Comment croire que tout peut rentrer dans l’ordre, que ceux qui sont partis vont revenir chez eux en suivant les recommandations officielles ? Il y a eu trop de mensonges, de désinformations. Seul point positif, l’action de ces bénévoles qui viennent parfois de très loin pour aider, soutenir plus moralement que matériellement, ceux qui vivent là malgré tout. Leur montrer qu’ils ne sont pas oubliés de tout le reste du monde.

la terre abandonée3

Gilles Laurent a longtemps travaillé dans le cinéma comme ingénieur du son avant de réaliser son premier film, La Terre abandonnée. Ce film sera son dernier : Gilles fait partie des victimes de l’attentat de Bruxelles en mars 2016.

Pour accompagner ce film on peut lire Ô Chevaux, la lumière est pourtant innocente (éditions Philippe Picquier)  où l’auteur, Furukawa Hidéo, natif de Fukushima, mais absent de la région lors de la catastrophe, entreprend dans les jours qui la suivirent un voyage incertain dans les villes, sur les routes, sur la côte, de la zone interdite, où il ne rencontre que ces chevaux rescapés du Tsunami, et qui sont redevenus presque sauvages.

 

Publicités

E COMME ENTRETIEN – Lydie Turco

Donnez- nous les principaux éléments  de votre biographie.

Après avoir été assistante opérateur caméra quelques années sur des courts, moyens et longs métrages, je réalise des documentaires depuis 2010. J’écris aussi des histoires pour enfants et anime des ateliers d’écriture.

Quelle est votre formation dans le domaine du cinéma ?

J’ai fait une section cinéma au lycée, puis dans le cadre de ma maitrise d’histoire des arts et archéologie, je suis rentrée en stage dans la structure Ciclic (qui portait un autre nom à l’époque) en Région Centre (structure similaire au Pôle Image). Je me suis formée à l’optique lors de mon CAP d’opérateur projectionniste (après ma maitrise) et aux caméras chez les loueurs de matériel et les tournages (sur le tas…)

Présentez-nous vos différents films

Je travaille sur des sujets de société, je montre des expériences humaines qui nous questionnent sur notre société et nos pratiques, qui nous interroge sur nos liens et ceux que nous entretenons avec notre environnement.

« La voix de l’écolier » est un documentaire tourné en immersion dans une classe Freinet, pédagogie alternative. On y voit le fonctionnement de cette classe et l’impact sur les élèves, l’engagement des enseignants, les choix faits et le pourquoi de ces choix.

« Intérêt collectif », est tourné auprès du directeur de la banque coopérative, le Crédit Coopératif. Il montre de l’intérieur ce qu’est l’économie sociale et solidaire. Comment cela fonctionne, pourquoi faire le choix de s’inscrire dans cette économie et les conséquences. On y voit plusieurs expériences dans des domaines très différents.

« La culture en scarabée », est tourné en immersion auprès d’une structure mobile, la Roulotte Scarabée, qui emmène la culture là où elle va moins ou plus vraiment. On y découvre des rencontres entre des personnalités très différentes, des projets sur l’illettrisme, des projets dans des quartiers où collèges,… découverte de ce que veulent dire concrètement les mots « éducation populaire ».

roulotte_scarabee2

 

Avez-vous une ligne directrice particulière dans le choix des sujets que vous abordez

Oui, je travaille sur l’humain et m’attache à montrer des expériences différentes ou singulières, dans un souci de transmission, de découverte et de réflexion sur nos pratiques et nos fonctionnements.

Et des principes méthodologiques

Je travaille au maximum en immersion auprès de mes personnages, sans voix off. Je passe beaucoup de temps avec eux afin de nouer un lien sincère pour pouvoir rendre le plus fidèlement possible ce qu’ils sont et font. Le respect de ces personnes est au cœur de mon travail. Le facteur « temps » est essentiel. J’essaye d’intervenir le moins possible sur leur quotidien, de me poser en observateur et d’être très à l’écoute.

Votre dernier film en date, La Culture en scarabée, aborde un type d’action particulier dans le domaine de l’éducation populaire en Normandie. Quelles en sont les grandes lignes ?

J’ai suivi en immersion au quotidien une structure itinérante, « la Roulotte Scarabée ». Cette structure, via des ateliers d’arts plastiques, des réalisations de films, d’émissions de radio, de bandes dessinées, des concerts, des représentations de théâtre… bref, toute une palette d’outils, emmène la culture là où elle ne va plus trop. Les deux personnes qui sont investis sur ce projet, travaille sur des quartiers en ville, des zones rurales, des festivals pour rencontrer et échanger autour de pratiques, apprendre les uns des autres, s’enrichir, coopérer, dialoguer. Une expérience riche humainement, qui, comme toutes les expériences, a aussi ses propres difficultés.

Votre prochain film traitera de la médecine, pouvez-vous nous en parler dès maintenant.

« Le sens des maux » parle de la médecine comme élément de notre culture. Le postulat de départ est de dire que la vision du monde partagée par un peuple induit une vision de la médecine particulière et des pratiques qui en découlent. Je travaille à la fois sur notre médecine et sur celle des Amérindiens des Etats-Unis. Sur leurs spécificités, mais aussi sur les liens et passerelles qui peuvent exister.

Comment aimeriez-vous orienter votre carrière cinématographique dans les années qui viennent ?

Je souhaite continuer à travailler sur du documentaire qui montre des expériences ou des personnes, qui diffèrent, qui nous font réfléchir sur des visions du monde, sur les relations, les interactions, sur comment on construit un monde respectueux, comment on invente, on innove,… de continuer à travailler sur l’humain qui est au cœur de mes préoccupations et de pouvoir partager et faire réfléchir autour de tout ça. J’espère aussi pouvoir me pencher, suivre et mettre en lumière un quartier, un espace, un lieu, un groupe au gré de mes rencontres.

roulotte_scarabee3

A COMME AGROECOLOGIE.

Souviens-toi de ton futur, Enora Boutin, 2017, 52 minutes.

Il existe des agriculteurs heureux, même en Dordogne. Comme il en existe dans bien d’autres régions de France. Tous ceux qui ont renoncé à utiliser les pesticides et toute forme de chimie. Et qui savent en dénoncer les dangers, pour la santé, des humains et des sols. Et qui montrent par l’exemple qu’ils ne s’en portent pas plus mal. Bien au contraire.

Le film d’Enora Boutin est le portrait de quatre de ces militants de l’agroécologie, un fabriquant de purin végétal, une viticultrice, une famille d’éleveurs de brebis et un couple créateur de jardin. Un échantillon représentatif de la diversité de ces pratiques innovantes, qui d’ailleurs ont la bonne idée de faire boule de neige.

Le film n’est pourtant pas un cours ou une démonstration en bonne et due forme. Il se limite au concret, mais un concret qui parle de lui-même. Les entretiens avec des quatre protagonistes rentrent bien parfois dans le détail et n’hésitent pas à aborder des données spécialisées. Mais l’ensemble s’adresse en priorité aux gens de la ville, ceux qui n’ont qu’une vague idée du travail de la terre et qui ne sont pas toujours très regardant sur la qualité de ce qu’ils mangent. Et s’il s’agit bien d’une forme de militantisme, c’est pour tirer la sonnette d’alarme. Il est grand temps de modifier les habitudes de consommation !

Une pièce à verser donc au débat concernant notre avenir. Un débat de plus en plus nécessaire.

 

 

 

A COMME ACTEUR

Ennemis intimes de Werner Herzog, Allemagne, 1999, 95 mn

Huit ans après la mort de Klaus Kinski, Werner Herzog réalise un film sur celui qui fut son acteur fétiche, présent dans cinq de ses films les plus importants, Aguirre, la colère de Dieu (1972), Nosferatu, fantôme de la nuit (1979), Woyzeck (1979), Fitzcarraldo (1982) et Cobra verde (1987), dont seront montrées les scènes les plus significatives. Un film hommage à un personnage et un acteur hors du commun. Mais en même temps une réflexion très personnelle sur les relations particulières qu’entretenaient pendant de longues années les deux hommes, l’un acteur de théâtre et l’autre réalisateur de films. Une réflexion enfin, sur le rôle et la place de l’acteur dans la création cinématographique. De Kinski, Herzog nous montre la part du génie dans son travail d’acteur, et la part de folie dans ce génie.

kinski 2

Seul face à la caméra, le plus souvent sur les lieux mêmes où il réalisa ses films avec Kinski, le Pérou ou la forêt amazonienne en particulier, Werner Herzog raconte. Un récit calme et posé, qui tranche avec la violence des faits évoqués qu’illustre parfaitement cette séquence filmée pendant le tournage de Fitzcarraldo où Kinski s’emporte contre le producteur, le traitant de tous les noms. Herzog rapporte un nombre impressionnant de colères de Kinski, toutes plus violentes les unes que les autres, au point même parfois de passer à l’acte. Le Kinski décrit par Herzog est irritable au plus haut point, ne supportant pas de ne pas être toujours l’unique centre d’intérêt sur le tournage, systématiquement agressif avec tous ceux qui l’entourent, mais aussi peureux et parfois lâche. La conclusion s’impose : pour Herzog, Kinski est fou. Mais, cette folie, ne l’a-t-il pas lui-même partagée ? N’était-elle pas nécessaire à la réalisation de ses films. Kinski = Fitzcarraldo ; Fitzcarraldo = Herzog.

kinski 4

La relation qu’entretenait Herzog avec Kinski était à l’évidence ambivalente, faite d’amour et de haine. Mein Liebster Feind (titre original du film qui pourrait se traduire littéralement par Mon meilleur ennemi), nous montre aussi parfois un Kinski détendu, souriant, tombant dans les bras de Herzog lors de retrouvailles à l’occasion d’un festival en Californie. Dans leurs affrontements, Herzog se donne toujours le beau rôle, réussissant à impressionner Kinski par la menace pour qu’il ne quitte pas le tournage, sachant parfaitement le manipuler pour obtenir ce qu’il souhaite de lui. Une relation par moment pratiquement fusionnelle, même si Herzog prend soin de toujours garder ses distances par rapport à la folie de Kinski.

Récit autobiographique, Ennemis intimes est aussi un document précieux sur le cinéma. Trop rares en effet sont les réalisateurs qui parlent de leur travail en dehors de toute visée promotionnelle. Ou bien, ils le font dans des livres. Avoir fait un film de sa relation particulière à son acteur montre la grande maturité artistique du cinéaste Herzog.

 

 

K COMME KAWASE Naomie

Trace (KIRI) Japon, 2012, 45 minutes

Genpin, Japon, 2010, 1H32.

Ces deux films, en apparence bien différents, peuvent être rapprochés sur bien des points. Si Trace concerne la vieillesse, et donc l’imminence de la mort. Genpin traite de la naissance et de la maternité. Ces deux moments de la vie se font écho, sont mis en résonance l’un par rapport à l’autre. Ils sont d’ailleurs filmés l’un et l’autre avec la même force émotionnelle, dans des gros plans sur les visages, dans la captation des rayons de soleil, dans la plénitude de la nature vue à travers des fleurs agitées par le vent ou des gouttes d’eau accrochées aux branches des arbres. Dans les deux cas, c’est la sérénité qui caractérise les personnages, la vieille femme qui va mourir, filmée en salle de réanimation à l’hôpital, les femmes jeunes qui accouchent dans cette clinique (une maison plutôt) qui n’a rien d’une maternité traditionnelle.

kawase

Comme ses premières réalisations documentaires, Trace est un film autobiographique. Si elle était partie à la recherche de souvenirs concernant son père inconnu dans son premier court métrage, Dans ses bras, la cinéaste dresse ici un portrait particulièrement émouvant de sa grand-mère, Uno, qui l’a élevée après qu’elle ait été abandonnée, bébé, par ses parents. Film de reconnaissance, d’amour, réalisé pour garder le souvenir de cet être cher de 95 ans qui est  manifestement en fin de vie. Pourtant la mort n’est pas filmée. Si la caméra s’attarde en très gros plan sur les rides du visage ou du corps nu dans le bain, c’est que cette proximité, qui n’a rien d’indécente, nous dit la chaleur de la vie. Les dialogues entre la cinéaste et cette mère adoptive ont la simplicité d’une vie paisible, ou du moins apaisée après des difficultés qui sont simplement évoquées, comme des épreuves lointaines qui ont été dépassées. Naomi Kawase se filme rarement elle-même dans ses films documentaires, mais tenant elle-même la caméra, elle est présente dans chaque plan et c’est bien à elle que s’adressent tous les regards et tous les sourires de sa grand-mère. « Ma grand-mère sentait le soleil » dit-elle. A l’hôpital elle lui chante une berceuse. L’accompagnement vers la mort nous réintroduit au début de la vie.

Genpin est entièrement tourné dans cette « maison de la forêt » où le docteur Yoshimura a mis au point une méthode d’accouchement naturel. Les femmes qui viennent ici terminer leur grossesse ont toutes fuit les maternités traditionnelles, déshumanisées, dominées par les technologies et la recherche du profit. Ici elles vont pouvoir accoucher quand le moment sera vraiment venu, même si le terme est dépassé. Le film nous montre les femmes d’abord avant l’accouchement, où il leur est demandé d’être constamment actives, fendant à la hache de grosses buches de bois ou travaillant la terre du jardin. Il recueille leurs paroles dans des réunions de groupe où chacune parle de son vécu de femme enceinte, de son rapport à son gros ventre ou de ses difficultés de couple. Il nous montre ensuite les accouchements eux-mêmes, en présence du père et des enfants aînés si la mère en a, même s’ils n’ont que trois ou quatre ans. Les propos ne sont jamais simplement explicatifs, même lorsqu’ils sont tenus par les sages-femmes qui travaillent ici. Le docteur Yoshimura lui-même n’a rien à démontrer. Dans la dernière séquence du film, il assiste comme en simple spectateur à un accouchement. S’il n’intervient pas physiquement, sa présence donne pourtant tout son sens à la naissance qui se déroule sous nos yeux. C’est d’ailleurs aussi lui qui donne tout son sens au film : dans l’avant-dernière séquence, il dialogue avec la cinéaste, pour une fois bien présente physiquement à l’écran. Et le film se termine par une citation de Lao Tseu qui explique le titre, mais qui ouvre surtout des pistes de réflexion pour le spectateur. « L’esprit de la vallée ne meurt jamais. On appelle Genpin la femme mystérieuse».

kawase 4

         Le mot le plus souvent prononcé dans ces deux films est « arigatô » : merci. Gratitude de l’enfant élevée par cette grand-mère si douce ; gratitude des mamans dans la joie des naissances. Gratitude du spectateur envers la cinéaste ?

Naomi Kawase a fait à ce jour l’objet de deux œuvres cinématographiques. En 2004 Vincent Dieutre lui consacre son deuxième « Exercice d’admiration», Les Accords d’Alba. En 2008 la cinéaste Laetitia Mikles explore l’univers de la cinéaste japonaise dans Rien ne s’efface, un film de 52 minutes produit par Zeugma. De bien beaux hommages.

A COMME ABECEDAIRE – Olivier Zabat

L’abécédaire de Fading par Olivier Zabat

Eglise : ou plutôt Chapelle: le lieu rassurant des pauses dans les nuits de rondes et de tournages. Le lieu à l’abri des forces malfaisantes.

Évanouissement : Mirek apparait progressivement comme une figure mortuaire, celle du gisant, dernier plan du film.  Rétroactivement, sa participation ‘pré-mortem’ au film était en partie motivée  par une volonté de laisser son empreint au-delà de sa mort, tout comme les messages audio post-mortem de l’époque d’Edison. Fading est autant un « évanouissement du cours normal de la pensée » qu’une disparition crépusculaire par une lampe qui perd de son intensité. Le fading s’épilogue justement par la voix d’un des amis de Mirek qui s’endort en chantant dans la salle de projection de Fading.

Hôpital : le lieu de la quête mais aussi de l’administration qui fixe le cadre et les règles de ce qu’on a ou pas le droit de filmer (les chambres et les patients par exemple). L’interdiction d’entrer dans les chambres des patients  qui s’appliquait tant aux agents de sécurité qu’au cinéaste, m’a justement permis de révéler les fantômes cinématographiques.

Mariage : Rituel de passage à une forme de responsabilité d’adulte, qui peut venir après les rituels adolescents des courses de scooters.

Nuit : « Sommeil interdit, somnolence tolérée », c’est en substance ce que dit la charte professionnelle des agents de sécurité, et un état peut-être similaire à celui qu’on a dans la salle de cinéma.

Piercing : Les dernière images de Mirek avec ses piercings avant qu’il doive s’en séparer pour faire sa radiothérapie.

Poème : Proposer à Mirek  de lire les poèmes de Czeslaw Milosz comme une invitation à travailler ensemble, à commencer le film. Ça a été un moyen de s’entendre, tout en ne parlant pas la même langue.

Sécurité / insécurité : Mirek avait évoqué son apprentissage de  la photographie alors qu’il était en Pologne: Il photographiait des sable mouvants, aux abords de ce lieu interdit d’accès, « comme un jardin vu d’un portail ».

Selfies : Est-ce que ce sont des autoportraits ou des images qui témoignent d’une solitude? Est-ce un phénomène esthétique ou sociétal?

Solitude : la solitude de la fin de vie dans des « chambres noires ».

Fading, un film d’Olivier Zabat, 2010, 70 minutes.

fading 10

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C COMME CONCERT 2

Gimme Shelter, David Maysles, Albert Maysles et Charlotte Zwerin, Etats-Unis, 1970, 91 minutes.

La tournée des Rolling Stones effectuée aux Etats-Unis en 1969, de New York à la Californie,s’achève par un concert gratuit à Altamont, un concert géant, qui évoque Woodstock, avec ses centaines de milliers de jeunes « hippies », cheveux longs et robes colorées, drogues et revendications pacifistes. Toutes les conditions étaient réunies pour que la fête soit réussie. Elle tournera au cauchemar.

Les frères Maysles, pionniers du cinéma direct aux Etats-Unis à la grande période des Leacock et autres Pannebacker, suivent avec leur équipe la tournée et filme la préparation et le déroulement du concert d’Altamont. Un filmage qui essaie de ne rien laisser dans l’ombre, des difficultés rencontrées par les organisateurs à l’envoutement que bien des spectateurs ressentent pour la musique, du jeu de scène de Mick Jaeger aux violences perpétrées par les Hells Angels sensés assurer le service d’ordre près de la scène pendant le concert. Le concert fut marqué par la mort d’un jeune Noir poignardé par un Hells Angels alors qu’il pointait un révolver en direction des musiciens. Le film montrera la scène au ralenti, sans prendre parti si ce n’est dans la désapprobation muette de la violence.

gimme shelter 3.jpg

Le film commence comme une captation de concert, avec les gros plans sur le visage du chanteur et le contre-champ sur le public. Mais, très vite, il prend une autre orientation. On retrouve les Rolling Stones dans un studio de montage, regardant les scènes de violence filmées pendant le concert. Ne proposant aucune explication, ils paraissent simplement incrédules, ne comprenant pas comment cela a pu se produire et ne sachant visiblement pas comment ils auraient pu intervenir pour rétablir le calme. La fin du film montre d’ailleurs longuement comment les musiciens sont obligés d’interrompre leur prestation, Jagger lançant au micro des appels au bon sens, sans pour autant réussir à faire cesser les bagarres dans lesquelles on voit clairement les Hells Angels prendre une large part.

gimme shelter

Pour le reste, le film suit les négociations préalables entre professionnels du spectacle pour mettre sur pied ce projet d’envergure. Il nous montre aussi la foule, l’arrivée de groupes de jeunes dans les champs, leur installation plus ou moins loin de la scène. Les plans d’ensemble du site, envahi par les voitures et noir de monde sont impressionnants. Les caméras sont partout, dans l’hélicoptère qui amène les musiciens sur les lieux, à côtés de ceux qui aménagent les éclairages et la sono, au milieu de la foule qui attend, dans les coulisses ou sur le bord de la scène où officient les Hells Angels. L’équipe mobilisée pour filmer tout cela est nombreuse et les images variées retenues au montage nous donnent une bonne vision de cette entreprise assez folle dans laquelle l’engrenage de la violence, une fois lancé, ne peut plus être arrêté. Aujourd’hui de tels méga-concerts ne sont plus d’actualité.