I COMME IRAN

I COMME IRAN

Est-il possible de faire de la musique en Iran ? Chanter en solo pour une femme est quasiment impossible. Et la musique électronique, cette musique bien trop occidentale, donc dégénérée, est condamnée comme dangereuse et donc interdite. Pour ses adeptes, il ne s’agit pas seulement de contourner les tracasseries administratives, il faut aussi échapper aux poursuites de la police et beaucoup n’ont pas toujours pu éviter de se retrouver en prison. C’est ce que vivent quotidiennement Anoosh et Arash, les deux héros du film de Susanne Regina Meures, Raving Iran, deux DJ de la scène house de Téhéran.

Toute la première partie du film est réalisée de façon clandestine, en caméra cachée dans les voitures arrêtées par les barrages de la police. Puis c’est la galère, de bureu en bureau pour obtenir les autorisations indispensables. Même pour faire imprimer la jaquette d’un CD il faut respecter les normes imposées. Pas d’anglais surtout. Sauf peut-être pour l’expression Made in Iran, puisqu’elle est « à la gloire du pays », comme le décrète sans rire une fonctionnaire voilée derrière son bureau. Les musiciens eux non plus n’ont pas vraiment envie de rire. Surtout lorsque les imprimeurs refusent de les aider par crainte de la prison ou de se faire confisquer leur matériel de travail.

Malgré cela, nos deux DJ ne se découragent pas. Et ils finissent par organiser, de façon clandestine bien sûr, une rave party de nuit dans le désert. Ce qui d’ailleurs nous vaut des images du réveil des participants, le matin, qui ne manquent pas d’humour.

Et puis, c’est presque le miracle, un coup de tonnerre en tout cas pour Anoosh surtout qui vient de passer quelque temps en prison à cause de ses activités musicales. Avec son ami et partenaire ils sont invités au plus grand festival techno du monde, une grande fête qui se tient à Zurich en Suisse. Préparatifs fiévreux et les voila dans l’avion en partance vers la liberté.

Le film de Susanne Regina Meures est clairement une dénonciation de la dictature iranienne et un soutien aux revendications de cette jeunesse qui rêve de s’en affranchir. Mais le choix qui s’offre aux deux jeunes DJ n’est pas simple. Faut-il rester en Suisse pour profiter pleinement de la liberté et faire la musique qui est toute leur vie. Cela implique de ne plus revoir leur famille et leurs amis et de renoncer à la vie qui était la leur jusqu’alors. Le film nous montre leurs hésitations et joue quelque peu sur le suspens. Quelle décision vont-ils prendre. Ce n’est que dans le taxi qui les conduit à l’aéroport qu’ils décident de ne pas retourner à Téhéran. Le film ne dit pas ce que sera leur vie nouvelle. Réussite ou déception ?

Raving Iran, un film de Susanne Regina Meures, Suisse, 2016, 84 minutes

Visions du Réel 2016

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016

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