E COMME ENTRETIEN : Christine Seghezzi. 1

 Pour vous présenter pouvez-vous nous dire comment vous êtes devenue cinéaste.

Cela s’est fait à la fois par un chemin très simple et par de multiples détours. J’ai grandi à la campagne, au Liechtenstein, et le cinéma était comme un rêve lointain, inaccessible. J’ai quand même été très marquée à l’époque par David Lynch, par Fassbinder, la Nouvelle Vague, Antonioni… Au lycée j’ai réalisé avec un groupe d’amis des court-métrages. Puis, je suis partie à Vienne. J’y ai étudié le théâtre et le cinéma et j’ai commencé à travailler à la fois sur des pièces de théâtre et sur des tournages à des postes multiples. Au bout de trois ans, j’ai décidé de poursuivre mon chemin à Paris. Quand je suis arrivée en France, j’ai réalisé que les mondes de théâtre et du cinéma étaient très séparés. Il fallait choisir une voie. J’ai pris celle du théâtre et pendant 15 ans, j’ai travaillé au théâtre et à l’opéra. Puis, le désir du cinéma s’est manifesté de nouveau et j’ai fait une formation à la réalisation documentaire aux Ateliers Varan. C’était une expérience très forte, marquante, décisive.

 Présentez-nous votre œuvre cinématographique.

Il y a peut-être une constante qui traverse tous mes films et qui est à l’origine du désir de chacun, celle de travailler cinématographiquement un territoire : voir ce qui s’y passe, qui y vit, qui y a vécu et d’où a émergé ce présent.

Après les Ateliers Varan, j’ai réalisé « minimal land », un film sur mon pays natal, le Liechtenstein, à travers des personnes qui l’ont quitté. C’est un film qui questionne l’exil et ce que c’est de venir d’un pays qui a la taille d’une petite ville ou encore comment on est forgé par un lieu.

Puis, en 2008, j’ai réalisé un film différent, un portrait de Stéphane Hessel que j’ai suivi pendant près d’un an dans ces multiples déplacement en France et en Palestine.

Puis, j’ai tourné en Argentine « Avenue Rivadavia » où je longe la plus longue avenue du monde qui traverse toute la ville de Buenos Aires en quête d’histoires du passé et du présent, suivi d’ »Histoires de la plaine », réalisé dans la pampa.

Entre tous ces projets, j’ai réalisé quelques courts-métrages, des sortes d’exercices du quotidien, dont « insomnies »  pour lequel je suis sortie pendant un mois tous les matins à cinq heures dans les rues de Paris et j’ai filmé ce qui surgissait au fil de mon errance dans les rues vides.

Actuellement, je prépare « terre rêvée », un film qui travaille deux territoires contigus, en Andalousie : celui, mythique, des tournages des western spaghetti et l’autre, effrayante, des serres sous plastique où sont cultivées les tomates sans goût que nous mangeons pendant toute l’année. Ce sont deux Far West qui s’affrontent.

stephanehessel_cs
Stéphane Hessel

Deux de vos longs métrages sont tournés en Argentine et nous parlent de l’Argentine. Avez-vous des liens particuliers avec ce pays ? Comment avez-vous construit la vision que vous en proposez ?

Depuis plus de vingt ans, je séjourne très régulièrement en Argentine. J’aime ce pays et je vis avec un Argentin. En Argentine les influences européennes sont très présentes, par la colonisation et puis les immigrations successives du siècle dernier. Le pays est pour moi un miroir grossissant de l’Europe. Tout est à la fois familier et plus extrême : la joie, la douleur, la violence…

Par ailleurs, il y a un rapport très différent au temps. Le temps ne passe pas de manière linéaire, mais les époques se superposent par couches. Rien ne passe, rien n’est résolu, tout reste : l’extermination des indiens, l’immigration, les dictatures, les crises économiques sont passés, mais restent toujours présents. En regardant le présent, on peut lire le passé.

Dans mes deux films argentins, j’ai travaillé ce rapport au temps. Dans « Avenue Rivadavia », la question est centrale et je traverse la ville en écoutant des histoires d’un passé non résolu. Dans « Histoires de la plaine », je filme un lieu où le temps semble arrêté et où le futur n’adviendra peut-être jamais. Je voulais creuser cette terre uniforme, planté à perte de vue soja transgénique, et voir ce qui s’y trouve enterré. L’Histoire très courte de ce territoire est faite de violences, massacres et disparitions, depuis les massacres des Indiens au 19ème siècle, en passant par les dictatures du 20ème jusqu’à la destruction de l’environnement, des hommes et animaux par les pesticides aujourd’hui.

avenuerivadavia_cs
Avenue Rivadavia

Entre ces deux films, les conditions de réalisation et de production ont-elles changé ?

Avenue Rivadavia, a été, même si le budget était très modeste, correctement financé, alors qu’Histoires de la plaine s’est fait presque sans moyens. Nous n’avons obtenu aucun aidé, outre l’aide à l’écriture et de développement au départ. Le film s’est terminé avec un crowfunding sur la plateforme kisskissbankbank.

 Sur Avenue Rivadavia lire dans le Dictionnaire du cinéma documentaire page 73

Et Histoires de la plaine ici-même A comme Argentine

Publicités

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s