V COMME VOYAGE – Smolders

Voyage autour de ma chambre de Olivier Smolders.

Voyager, explorer le monde, le vaste monde, découvrir l’inconnu, sans sortir de chez soi, sans quitter son bureau, ses livres, son matériel d’écriture, sans quitter la vue de sa fenêtre, sur son jardin, ou les rues avoisinantes, sans quitter son quotidien, son environnement le plus proche, est-ce possible ? Oui ! A condition de faire confiance à son imaginaire. Et l’imaginaire c’est la force des cinéastes. Même ceux que l’on nomme documentaristes, parce qu’ils font des films qui le plus souvent ne sont pas considérés comme des fictions. Mais le cinéma, tout le cinéma, qu’il soit qualifié de documentaire ou de fiction, n’est-il pas avant tout le royaume de l’imaginaire ?

Le film d’Oliviers Smolders en est la démonstration éclatante. Il nous propose un voyage personnel, peu commun donc, où les images glanées aux quatre coins du monde sont là pour nous faire rêver, c’est-à-dire nous transporter hors de nous-mêmes. Des images qui deviennent parfaitement inédites par la magie du commentaire qui les accompagne. Un commentaire qui ne commente jamais ce qui nous est donné à voir, même si le plus souvent, mais pas toujours, il nous indique l’origine des images et par là les lieux où nous sommes transportés, de New York à l’Afrique, du métro d’une ville asiatique (dont le nom ne nous est pas révélé) aux confins de l’Amazonie.

voyage chambre smolders 4

Ce voyage immobile (Smolders aime donner des sous-titres à ses films) est fait de l’alternance de l’intime (la maison de l’enfance, l’atelier du père sculpteur) et de  l’universel (les glaciers de la banquise, les vues sous-marines des bancs de poissons et l’enfant qui vient de naître). Et si la vie est elle-même un voyage, il n’est pas inutile de rappeler qu’elle ne triomphera jamais de la mort. Tôt ou tard, dit Smolders nous retournerons là d’où nous venons, « c’est-à-dire de nulle part ».

Que reste-t-il de tous les pays visités ? Des souvenirs, sans doute. Mais plus sûrement des images, tant il est vrai que tout voyageur aujourd’hui passe une grande partie de son temps à prendre des photos, ce que nous montre, non sans ironie, ces vues des touristes de la place de la Seigneurie à Florence. Alors faut-il bruler les images ? Le film de Smolders bien sûr ne va pas dans cette direction, mais il est bien un questionnement sur la violence croissante des images de notre monde. Une tyrannie qu’il dénonce en solarisant les vues de New York et en inversant en négatif toute la  séquence succédant aux extraits d’un film de guerre entre-aperçus sur l’écran de télévision d’un voyage en bus. Le film cependant s’achève par une longue séquence explorant les cires anatomiques du XVIII° siècle d’un musée de Florence. Un voyage à l’intérieur du corps humain, à l’intérieur de nous-même, placé sous l’autorité de Baudelaire : « l’horrible est toujours beau. » L’art, le cinéma donc, n’est-il pas un moyen de survivre à notre inévitable disparition ?

voyage chambre smolders

Le cinéaste affirme, dans l’incipit de son film, préférer « au mouvement l’immobilité, à la parole le silence, à l’activité le sommeil ». Et pourtant il filme. Il monte des images. Il écrit un commentaire. Et par la fenêtre de la chambre où il se réfugie, nous voyons tomber la neige.

voyage chambre smolders 6

 

Publicités

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s