N COMME NOIR

Moi un Noir, Jean Rouch, France, 1958, 73 minutes

Edward G. Robinson (il faut prononcer son nom à l’anglaise) est un Nigérien immigré en Côte d’Ivoire. Il travaille sur le port d’Abidjan comme manœuvre journalier. Il vit à Treichville, le quartier d’Abidjan situé au-delà de la lagune. Tel est du moins la présentation faite par Jean Rouch du personnage principal de son film, son « héros ». Les autres personnages sont ses amis, Eddy Constantine qui se présente comme «  Lemmy Caution, agent fédéral américain », « Tarzan » le chauffeur de taxi, « Facteur» lui aussi manœuvre. Tous ont choisi leur nom d’acteur et vont jouer leur propre rôle dans le film présenté par le cinéaste comme une « improvisation ». Ils ont « le droit de tout faire et de tout dire ». Un film qui parle d’espoir et de rêves de ces immigrés qui sont venus chercher du travail pour gagner un peu d’argent. Un film qui montre aussi leur tristesse, surtout celle de Robinson, leur désespoir. Le mot qu’il prononce le plus souvent est le mot argent. De l’argent, il n’en a pas. Cette affirmation suffit à caractériser sa vie.

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Le film est construit en quatre parties, annoncée chacune par un carton : semaine, samedi, dimanche, lundi. Il se déroule donc dans un ordre chronologique. Dans chacune de ces parties, Rouch suit les allés et venus de Robinson dans Treichville, son travail en semaine, ses sorties le weekend, à la plage, dans une salle de boxe, dans les bars la nuit où il boit plus qu’il ne faudrait, et le réveil pénible le lundi matin alors qu’il faut repartir chercher du travail comme tous les jours de la semaine. Dès l’ouverture du film, Rouch a annoncé qu’il donnait la parole à Robinson. La bande son est donc composée de commentaires off de Robinson, postsynchronisés sur des images le montrant dans la ville et montrant d’ailleurs tout autant la ville elle-même, ou plutôt le quartier de Treichville, son agitation, les piétons et la circulation, les petits commerces et les enseignes ou autres affiches de films. Il y a aussi des chansons, surtout au début du film. Des chansons sur Abidjan. Pourtant le film devient de plus en plus sombre. Et pas seulement parce que les séquences de nuit se multiplient. Robinson clame sa tristesse, son manque d’argent, ses rêves déçus. Plus qu’une enquête sociologique, Moi un Noir est le portrait d’un homme, un Africain immigré en Afrique, qui essaie de survivre grâce à un travail pénible et bien sûr mal payé. Un portrait qui renvoie inévitablement à la « maladie » de l’Afrique, le manque de travail et l’absence de perspective d’avenir.

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Moi un Noir est un des films de Rouch qui entremêle de la façon la plus systématique documentaire et fiction, introduisant la fiction au cœur du projet documentaire en lui donnant une tournure ostensiblement documentaire. Robinson est un personnage de fiction, joué par un immigré nigérien, Oumarou Ganda, qui n’est pas un acteur professionnel, mais qui n’est pas non plus un docker du port d’Abidjan. Pourtant, le film n’est pas seulement une aventure imaginaire inscrite dans un contexte réaliste. Rouch filme Abidjan dans une posture qui évoque le cinéma direct – par sa façon de suivre les personnages, caméra à l’épaule. Par les gros plans qu’il insère aussi pour rendre compte de la ville, le nom des bateaux, les affiches de cinéma, des plans qui sont bien plus qu’un simple décor. Mais en même temps, Rouch introduit dans le film des séquences oniriques qui interfèrent avec la dimension réaliste du film. Ainsi de la séquence concernant la boxe où Edward G. Robinson, devenu Ray Sugar Robinson, se projette en champion du monde des poids légers. La mise en scène de sa victoire fantasmée est alors suivie par des images d’un vrai match de boxe, se déroulant dans la même salle, sur le même ring. De même, dans la relation de Robinson avec la belle Dorothy Lamour dont il est amoureux, Rouch met en scène une séquence où la jeune fille se déshabille et s’étend sur le lit, Robinson demandant alors le droit à l’intimité. Tout l’art de Rouch cinéaste consiste alors à effacer par le montage tout signe renvoyant à la différence de niveau de réalité des images.

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Au fond, le projet du film est simple : réalité, fiction, tous les moyens sont bons pour raconter l’histoire contemporaine de l’Afrique à travers la vie d’un Africain.

 

S COMME SWAGGER

Swagger d’Olivier Babinet.

Un film sur les jeunes de banlieue. Un de plus. Oui, mais certainement le plus original.

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Pas vraiment cependant dans le choix des thèmes proposés à cette dizaine d’ados pour ces entretiens éclatés, à savoir, pour les principaux :

  • La question de l’immigration : l’identité nationale, l’appartenance culturelle, la différence entre la vie en France et au bled.
  • Les rêves et projets d’avenir : faire de l’architecture ou se lancer dans la mode en tant que styliste.
  • L’amour : les relations entre les sexes sont toujours difficiles, et de toute façon ne sont pas vraiment une préoccupation majeure.
  • La politique : l’indifférence domine, difficile de se sentir concerné.
  • La religion (catholicisme ou islam) : la grande affaire, un réconfort dans les moments difficiles, un soutien toujours.

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Mais ces entretiens sont toujours filmés dans des lieux surprenants, dans des cages d’escaliers, dans des couloirs vides, dans des salles du collège, en contre-plongée parfois, en gros plans le plus souvent.

Dès le pré-générique, le ton est donné. Avec l’usage des drones, on se croirait presque dans un film de science-fiction.

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De la vie du collège on ne voit que la bousculade à l’entrée (pas de capuche sur la tête ou d’écouteurs dans les oreilles), pas beaucoup de prof, pas de vrais cours en tout cas. Les lapins blancs sont chez eux sur les pelouses et les parties de foot ou les courses en roller semblent occuper tout le temps scolaire.

D’un bout à l’autre du film on rit beaucoup, ce qui n’empêche pas le sérieux des réflexions, et même des larmes sincères à l’évocation d’un souvenir douloureux.

Et puis, certaines séquences sont de véritables moments d’anthologie, par exemple :

  • L’arrivée au collège de Régis (le futur styliste) en veste de fourrure et nœud papillon, entouré de ses fans, devant une bonne partie des collégiens hilares.
  • La chorégraphie des soudeurs dans l’atelier technique (un hommage au Charlot des Temps Moderne).
  • La comédie musicale (un autre hommage explicite), costume, cravate et parapluie rouge.
  • Et bien d’autres

Conclusion : Après Swagger, on ne peut plus voir la banlieue avec les mêmes yeux.

P COMME PLEIN PAYS

Le plain pays, d’Antoine Boutet. 2009, 58 minutes.

Un homme seul, qui vit dans la forêt, dans une sorte de cabane où règne un désordre quasi absolu.

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Le film nous fait partager sa solitude.

Il suit d’abord quelques-unes de ses activités ordinaires. Il coupe du bois à la tronçonneuse. Il boit le café.

Solitaire, mais pas muet. L’homme parle beaucoup. In s’adresse au cinéaste derrière sa caméra. Mais il parle surtout pour lui-même. Il marmonne. Ces paroles sont souvent inaudibles. Ou incompréhensible. Des commentaires sur ce qu’il fait. Ou les idées qu’il a dans la tête. Ses théories à lui. Plutôt des délires. Des imprécations. Contre la procréation, qu’il faut empêcher à tout prix. Pour pouvoir annoncer la disparition de l’espèce humaine. Et glorifier Brigitte Bardot, dont il a une image jeune et qu’il transforme en vierge éternelle.

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Il parle, et il chante. Il passe des cassettes sur son vieux lecteur. Il connaît les paroles par cœur. Il peut les anticiper. « La misère au soleil ». Et le plat pays, de Jacques Brel, qu’il transforme en « plein pays » (d’où le titre du film). Sa marque à lui, sa création.

Il possède un tracteur, qu’il utilise dans son travail. Il s’agit de déplacer et d’accumuler d’énormes blocs de rocher. Un travail long, pénible, dangereux, mais qu’il accomplit avec une persévérance exemplaire.

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Mais la séquence essentielle du film, la plus longue, se passe sous terre. Dans des galeries étroites qui mènent à une salle souterraine. Un trajet lui aussi long et pénible. Par moment on a l’impression qu’il ne peut plus avancer, qu’il va rester coincer dans le boyau dans lequel il rampe. La caméra le précède ou le suit. Toujours très proche de lui. Dans la salle, il montre les gravures qu’il a réalisées dans la roche. Il en explique le sens. Pas très compréhensible.

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En voyant le film aujourd’hui, on pense à L’Homme sans nom de Wang Bing. La parole et le chant en plus. Mais on retrouve la même solitude, la même absence de relation sociale. Même si pour le héros de Boutet, le monde n’est pas vide. Le film n’en reste pas aux activités visant à assurer la survie. Nous pénétrons, ou du moins le réalisateur tente de nous faire pénétrer, dans son monde intérieur. Même s’il est particulièrement difficile de ressentir une véritable empathie avec lui. Ce n’est pas qu’il soit filmé comme « une bête de zoo », loin de là. Mais la différence est trop importante. Ce qui n’enlève rien à l’intérêt du film. Bien au contraire.

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Le film a été primé dans de nombreux festival, du Fid Marseille à Visions de réel à Nyon. Aujourd’hui il provoque encore un choc pour le spectateur.

 

O COMME OUGANDA

Abc Africa de Abbas Kiarostami, 2001, 84 minutes.

En avril 2000, Abbas Kiarostami est en Afrique. Il est venu en Ouganda faire un film. C’est la première fois qu’il va filmer hors de l’Iran, son pays. Il est venu en Afrique sur l’invitation, la sollicitation d’une ONG, le FIDA (Fonds International de Développement Agricole), qui souhaite faire connaître au monde entier la situation catastrophique du pays. Par le moyen du cinéma. Grâce au film d’un cinéaste mondialement connu. Un film qui montrera qu’il est urgent d’agir en faveur des  orphelins (un million et demi ou même plus) du pays, tous ces enfants dont les parents ont été décimés par le sida. Un film qui montrera aussi les actions entreprises pour aider les femmes, toutes des veuves, qui tentent d’élever tant bien que mal, leurs enfants survivants et les orphelins qu’elles ont recueillis.

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Dans de telles conditions, quel film va bien pouvoir faire Kiarostami ? Une fiction risquerait d’être perçue comme déplacée. Et un documentaire classique risquerait lui d’être ennuyeux à force d’être explicatif. Alors la solution s’imposait : faire un documentaire qui soit aussi une fiction, ou qui ait la caractéristique essentielle d’une fiction, être un récit, un récit de voyage. Mais il s’agira d’un récit personnel, réalisé en première personne. Le récit de ce voyage qu’entreprend le cinéaste, pour découvrir ce pays  et filmer ses rencontres, ses découvertes, les lieux et ceux qui vivent là, c’est-à-dire ceux qui ont échappé à la mort.

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Dans la dimension documentaire, Kiarostami introduit dans son film des déclarations de membres du FIDA, des ougandaises qui se transforment en formatrices pour expliquer à leurs concitoyennes les modalités de l’épargne collective mise en œuvre, une pratique inédite dans le pays, mais qui vise à parer à toutes éventualités dans la tâche difficile qui consiste à assurer la survie des enfants orphelins. Il donne aussi la parole à quelques-unes de ces femmes, souvent âgées, qui ont  recueilli parfois plusieurs dizaines de ces enfants sans parents  et s’efforce de les élever comme leurs propres enfants. Mais ces fragments d’entretiens n’occupent qu’une place restreinte dans le film. Le projet de Kiarostami a une toute autre originalité.

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Puisqu’il veut filmer ses découvertes dans ce pays inconnu, il va d’abord filmer les enfants. Tous ces enfants qui, malgré les souffrances infligées par la vie, se bousculent devant la caméra en riant, en chantant ou en dansant parfois. Certains font le pitre. D’autres manifestent un sérieux impressionnant. Mais tous manifestent une envie de vivre, une joie même qu’on aurait pu croire définitivement vaincue par la misère. Et visiblement Kiarostami et son assistant sont parfaitement à l’aise au milieu d’eux. Ils utilisent de petites caméras numériques (une première aussi pour le cinéaste). Ils se filment l’un l’autre, montrant sur l’écran de leur machine leurs images aux enfants ou même leur permettant de filmer. Des séquences qui devraient enseigner un peu d’humilité à tous ceux qui ont la chance de ne pas connaître la guerre, la maladie et la faim.

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Et puis Kiarostami filme les femmes, ces africaines qui sont toujours des victimes, mais qui veulent se battre pour survivre, et aider le pays à surmonter cette période particulièrement noire qu’il traverse. En habits traditionnels, elles dansent en groupe devant la caméra qui s’attarde sur leurs mains et leurs bras liés les uns aux autres. Un groupe parfaitement uni. Un symbole particulièrement éloquent de l’avenir.

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Ce film ne peut pas être considéré comme une simple parenthèse dans l’œuvre de Kiarostami. Il est la preuve éclatante de la puissance du cinéma, et de l’art, mis au service de grandes causes humanistes.

E COMME ENTRETIEN / Fanny Pernoud et Olivier Bonnet

Pouvez-vous, pour vous présenter, nous communiquer quelques éléments de votre biographie respective.

Fanny Pernoud: j’ai une formation de journaliste à l’IJBA (école de journalisme de Bordeaux) , après avoir travaillé  pour les journaux télévisés (France 3 19/20, Télématin) je me suis dirigé vers les magazines car je souhaitais travailler sur des formats plus longs puis ensuite vers des documentaires en format 52 minutes. En 2009, avec Olivier Bonnet nous réalisons “Ma vie à l’eau” un 26 minutes sur le handicap pour l’émission Thalassa et créons Improbable production.

Olivier Bonnet : J’ai étudié à L’Institut d’Études Politiques de Grenoble puis souhaitant faire de l’image, j’ai commencé à travailler comme assistant opérateur à Paris, pour des reportages d’actualités pour les différentes chaînes de télévision. Très vite, l’émission « Une pêche d’enfer » m’a proposé de tourner des reportages comme cameraman et en 1992 nous avons tourné l’émission aux Jeux Olympiques d’Albertville. En 1993, j’ai commencé à tourner pour l’émission Thalassa. En 24 ans de collaboration avec l’émission Thalassa, j’ai effectué plusieurs centaines de reportages, tout autour du monde. En parallèle, j’ai travaillé pour d’autres émissions et documentaires. En 2009, avec Fanny Pernoud, nous réalisons “Ma vie à l’eau” un 26 minutes sur le handicap pour l’émission Thalassa et créons Improbable production.

Comment êtes-vous devenus cinéaste et producteur ?

C’est en 2009, que nous avons créé avec des amis, Improbable production, pour notre première production « Ma vie à l’eau ». Après avoir passé des années à travailler pour des sociétés de production, nous avions envie de contrôler nos films de A à Z et de garder notre liberté éditoriale.

Vous proposez dans Appellation d’origine immigrée une vision de l’immigration différente de celle qu’en donnent en général les médias. Comment  avez-vous eu cette idée ?

À l’origine c’est une idée d’Olivier. Pendant la campagne de 2012 les immigrés ont été la cible de vives attaques par les politiques. Nous avons eu envie de prendre le contre-pied et de montrer cet autre visage de l’immigration, une immigration qui crée de la richesse et qui rapporte énormément à la France. Une immigration qui représente une main d’œuvre extrêmement malléable. Il suffit de prendre le premier métro pour se rendre compte que la France qui se lève tôt est immigrée ou d’origine immigrée. Les médias et surtout les politiques véhiculent des chiffres et des idées qui ne reflètent pas la réalité.

Comment avez-vous choisi les protagonistes de votre film ? Avez-vous éliminé d’autres possibilités ? Est-ce que le côté surprenant (un africain boulanger à Paris) a été un critère ?

Bien sûr, nous avons joué le contre-pied à fond. À l’époque Djibril le boulanger du film venait d’obtenir le prix de la meilleure baguette de Paris pour la première fois. Il devenait de ce fait le boulanger de l’Elysée pour un an, il a donc été beaucoup médiatisé. C’est en lisant un article sur lui que nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de réunir les 3 produits phares de la gastronomie française, à savoir, le pain , le vin et le fromage. Trouver Abdou, le producteur de reblochon et Laetitia, la vigneronne a été beaucoup plus compliqué. Beaucoup d’immigrés travaillent dans les vignes, mais ils sont rarement patrons et dans le monde du fromage il y a très peu de personnes immigrées.

Pour Les Vies dansent aussi le choix des personnages est important. Comment l’avez-vous réalisé.

Les vies dansent est en quelque sorte la suite de « Ma vie à l’eau » un reportage réalisé pour Thalassa lors d’un stage de plongée pour des amputés, organisé par l’association « Bout de vie ». C’est là que nous avons rencontré Sandra, Priscille et Neeta parmi d’autres stagiaires. Outre l’aspect humain, puisqu’au fil du temps elles sont devenues des amies, nous les avons choisies elles car elles étaient à des moments différents de leur parcours de vie.

Sandra avait perdu sa jambe un an auparavant, elle terminait ses études et se posait beaucoup de questions sur sa vie future.

Neeta, elle, est née sans jambes et a donc moins peur du regard des autres. Lorsque nous l’avons rencontrée, elle allait rentrer dans l’adolescence. C’était la plus jeune des 3 mais elle avait déjà une grande expérience du handicap.

Enfin Priscille était déjà dans la vie active et avait un projet d’enfant, elle avait été amputée plusieurs années auparavant. Elle avait déjà “réorganisé” sa vie.

Ces deux films ont une dimension optimiste très marquée. Est-ce une orientation délibérée ?

Le leitmotiv de nos films c’est l’humain et nous pensons qu’un film touchant, où on laisse s’exprimer les gens est bien plus puissant qu’un discours polémiste, agressif ou alarmiste. Nous aimons montrer des personnages positifs pouvant être  exemplaires. Nous sommes d’ailleurs très fiers qu’après des projections, le public viennent nous voir en nous disant : « votre film m’a fait du bien, il a changé mon regard… »

Vos films prennent nettement position sur le problème du racisme et de  l’acceptation des différences. Pensez-vous que le cinéma puisse contribuer à faire évoluer les mentalités ?

L’autre jour après une projection de notre film “Les vies dansent” une femme nous a dit “maintenant quand je vais croiser une personne avec un handicap je me sentirai moins mal à l’aise”. Nous ne prétendons pas changer le monde avec nos films mais chaque petite graine plantée dans le coeur des spectateurs est déjà une victoire.

Avec Appellation d’origine immigrée, nous sommes allés pour des projections dans des endroits où il y a peu d’immigrés et les gens étaient surpris eux-mêmes de l’image qu’ils avaient de l’immigration, donnée par le journal télévisé. Ils se rendaient compte qu’autour d’eux beaucoup de métiers étaient effectués par des immigrés.

Quelles sont les activités de votre maison de production Improbable Production ?

Nous travaillons actuellement sur un projet de film sur un asile de « fous » très particulier où les résidents sont libres d’être comme ils sont…

Et qu’en est-il de la distribution de vos films ?

Nos films sont très mal distribués car nous n’avons pas encore de distributeurs. Nous nous en occupons nous-même…

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Comment voyez-vous la situation actuelle du cinéma documentaire et son évolution  dans les années prochaines ?

Fanny Pernoud: À vrai dire je suis assez pessimiste. Faire un film aujourd’hui est un combat. Pour avoir des aides du CNC, il faut trouver un diffuseur et les diffuseurs sont de plus en plus frileux envers le documentaire de création. Si votre film ne rentre pas dans les cases, ne traite pas d’un sujet porteur, n’est pas réalisé comme le diffuseur le souhaite ou si vous n’êtes pas connu votre film reste à l’état de dossier. « Trop long pour la télé, pas de commentaires, trouver un sujet plus concernant », des critiques récurrentes que nous avons entendues au fil des réalisations.

Pour « Les vies dansent » aucun diffuseur n’a voulu le prendre sur le papier, au stade du scénario, nous n’avons donc eu aucune aide si ce n’est un crowd-founding que nous avons organisé nous-même. Ce film a finalement été diffusé sur Public Sénat après avoir été refusé par tous les autres diffuseurs. “Nous ne savons pas dans quelle case le mettre”. Sans notre entêtement et la solidarité des amis du métier nous n’aurions jamais pu faire ce film.

Le milieu du documentaire est comme beaucoup fait de réseaux, là encore si vous n’êtes pas dans les petits papiers des responsables de chaînes, à moins d’être une star du documentaire vous aurez beaucoup de mal à placer un projet. Et avec un thème difficile, comme le handicap c’est presque mission impossible. Le développement est également de plus en plus long, les chaînes reçoivent certes énormément de projets mais il faut souvent attendre plus de 2 mois pour avoir une réponse et quand elle est négative c’est deux mois de perdus.

Olivier Bonnet : Les chaînes de télévisions n’ont qu’un seul critère de jugement, l’audience. Donc ce qui a marché en audience doit être reproduit, recopié. Et ainsi, tout se ressemble… Les décideurs des chaînes de télé savent mieux que personne ce qui marche et ils veulent des produits formatés respectant les critères qu’ils ont eux-mêmes définis… Mais on appelle encore cela des documentaires de création… Autrement le CNC ne les financerait plus !

Pour l’avenir, même si les formats longs ne sont pas très à la mode sur les réseaux sociaux , nous pensons qu’internet peut-être une nouvelle chance pour le documentaire, à condition que des financements en amont puissent se développer, mais la créativité et la liberté y sont bien plus fortes aujourd’hui que dans les autres médias.

Lien pour voir ou revoir Appellation d’Origine Immigrée gratuitement

https://youtu.be/pWXEYp4cwAE

Lire : Les Vies dansent

Appellation d’origine immigrée