G COMME GUGGENHEIM Peggy

Peggy Guggenheim, la collectionneuse de Lisa Immordino Vreeland, 2017, 1H36

En anglais, le sous-titre du film est Art Addict. Et c’est bien de cela qu’il s’agit, une addiction à la peinture, une passion dévorante qui consume toute la vie de cette jeune fille de bonne famille d’abord, et de cette femme d’âge mûr ensuite, jusqu’à sa mort. Peggy Guggenheim n’aura vécu que pour l’art, que pour acheter des tableaux et les exposer dans ses différentes galeries successives, à Paris ou à New York, puis dans le musée qu’elle créa dans le palais acheté à Venise, un musée qui est devenu et qui reste aujourd’hui un des plus visité du monde. Elle y est enterrée dans le jardin.

Le film utilise en bande son une interview radio (donc ici en voix off) avec une journaliste qu’on croyait perdue et qui a été retrouvée dans une cave. Il est donc inédit. Des questions directes et des réponses courtes, où Peggy ne cache rien de sa vie – qui de toute façon est bien connue par ailleurs, l’intéressée ayant elle-même écrit ses mémoires. Nous saurons donc tout de ses relations familiales, ses conflits avec ses parents, ses oncles (dont le célèbres Salomon), ses contacts avec des sœurs, ses différents maris et tous ses amants. Sa vie a été particulièrement mouvementée. Elle reconnaît elle-même avoir été dès sa jeunesse le vilain petit canard de sa famille, accumulant les excentricités, les aventures amoureuses, les mariages et le divorces. Une femme libre en somme. Sa collection, sa passion pour l’art moderne, et pour les peintres qu’elle rencontre et protège (pendant la guerre elle aidera un grand nombre d’entre eux à quitter la France pour fuir le nazisme), devient très vite pour elle le moyen d’exister aux yeux des autres, d’être reconnue, d’être vraiment quelqu’un. Et puisqu’elle est elle-même en dehors des normes établies, ses choix artistiques iront à tout ce qu’il y a d’original, de contestataire dans l’art de son époque, du cubisme au surréalisme, de Picasso à l’art abstrait, de Duchamp à Pollock. Elle achète donc, souvent pour une bouchée de pain, des toiles qui sont souvent de véritables scandales artistiques pour son époque, mais qui deviendront quelques-unes des œuvres les plus caractéristiques  du XX° siècle, avec une valeur inestimable. Avait-elle un flair particulier pour anticiper leur importance artistique, elle qui se disait autodidacte, qui en tout cas, n’avait pas fréquenté les écoles d’art.

Le film utilise un nombre impressionnant d’images d’archives, des photos surtout, de Peggy à tout âge, présentées dans l’ordre chronologique. En alternance, filmés au banc-titre, les tableaux s’une part, et les déclarations de l’autre de tout ce que le monde américain de l’art contient de spécialistes de la peinture, critiques, artistes ou collectionneurs. Le tout est présenté sans temps mort, sans aucune respiration, à un rythme quasi frénétique. Une rapidité qui est souvent caractéristique des documentaires portrait américains. Comme si les réalisateurs avaient tellement peur que le spectateur s’ennuie qu’ils ne lui laissent aucun moment de répit. Mais surtout, il n’y a plus pour ce pauvre spectateur aucun moyen de penser par lui-même et de se faire sa propre opinion. Il n(y a ainsi dans le film qu’une seule vision du personnage de Peggy, qu’une seule interprétation de sa vie et de sa passion pour l’art. Un personnage complexe certes, mais dont le film prétend avoir mis à jour la vérité cachée.

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G COMME GITAI Amos

A l’occasion de la sortie de son dernier film, A l’Ouest du Jourdain, retour sur les grandes étapes de son œuvre documentaire. Une traversée du conflit Israélo-palestinien.

La Maison, 1980

L’histoire d’une maison pour rendre compte de l’histoire d’un pays, d’une région du monde qui a connu au XX°siècle des bouleversements considérables. Est-il possible de vivre en paix à Jérusalem ? Des juifs peuvent le croire. Du moins ceux qui ont suffisamment d’argent pour acheter une maison ancienne et la reconstruire totalement à leur goût. Mais les autres ? Les juifs moins riches ? Et les arabes ? Le film montre bien comment, entre Israéliens et Palestiniens, il y a aussi des différences de classe.

La maison dont Amos Gitai va suivre les travaux de rénovation a été construite au début du siècle, sans que la date exacte en soit précisée. Elle appartenait alors à un Palestinien, le docteur Dajani. En 1948, elle est occupée par des juifs algériens et, au moment où est réalisé le film, elle vient d’être achetée par un riche économiste israélien qui veut en faire une « somptueuse villa ». Sur fond de travaux, le film va rencontrer tous les protagonistes de cette histoire, les propriétaires successifs, l’architecte, l’entrepreneur et les ouvriers, tailleurs de pierre et maçons.

Journal de campagne, 1982.

Dès son premier plan, un texte en surimpression sur les images présente le film : « Il décrit l’occupation de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, puis l’invasion du Liban, par l’armée israélienne. » Et plus loin : « Notre objectif est de montrer comment l’occupation se traduit sur le terrain et d’examiner rétrospectivement les motivations qui se cachent derrière l’invasion du Liban et les événements qui l’ont suivie. »

L’occupation de la Cisjordanie, c’est d’abord la présence de l’armée. Par groupe de trois ou plus, les soldats en armes marchent dans les rues. Patrouille ? Promenade ? Surveillance ? Le cinéaste et son équipe les suivent, à la trace pourrait-on dire. Le film est un long voyage, une sorte de déambulation en voiture, dans les villes, dans les campagnes. En longs plans séquences, nous voyons défiler le paysage, les murs des maisons, toujours filmés de côté, par une fenêtre latérale du véhicule, jamais de face à travers le pare-brise. Lorsqu’ils rencontrent des soldats, ils les accompagnent au ralenti, le plus près d’eux possible. Parfois ils semblent ne pas s’apercevoir qu’ils sont suivis. Le plus souvent ils font comme si ça ne les dérangeait pas. Certes  ils voudraient bien se débarrasser de cette caméra gênante. Le cinéaste ne cédera jamais à leur demande, à leur ordre, à leur menace, à leur violence. « Ne filme pas », est la première parole entendue dans le film. Mais tant qu’elle reste en état de marche, quelles que soient les pressions physiques exercées sur celle qui la tient (c’est bien une femme dans l’équipe de Gitai), la caméra continue son travail. Un cinéaste engagé ne renonce pas à son projet au premier ordre militaire qu’il reçoit.

L’arène du meurtre. 1996

L’Arène du meurtre (1996) est un film tourné immédiatement après l’assassinat de Yitzhak Rabin, sous le coup de la stupeur causée par cet événement à proprement parler inimaginable. L’œuvre de Gitai est véritablement le reflet de l’onde de choc qu’il a suscité, en Israël et dans le monde entier. Le cinéaste ne cherche pas à expliquer. Il ne semble pas non plus essayer de comprendre. Le film n’est pas une analyse politique. Il est une réaction personnelle, un essai mêlant des éléments hétéroclites (un concert de rock, des vues de murs recouverts d’affiche, des paysages plus ou moins désolés) passant d’un lieu à l’autre au fil d’un parcours en voiture la nuit nous conduisant de Tel-Aviv à Gaza, au Golan ou à Haïfa. Pourtant, la première séquence ouvre le film de façon classique, dans un ton grave et quasi solennel, par un entretien avec la veuve de Rabin. Malgré son émotion, elle ne manifeste aucune colère, aucun ressentiment. Avec dignité, elle affirme que cette paix pour laquelle son mari a combattu est possible et que sa mort contribuera à l’établir. C’était il y a plus de 20 ans.

Lullaby to my father, 2012

Amos Gitai, comme beaucoup de cinéastes documentaristes, s’implique personnellement dans ses documentaires, par sa présence à l’écran notamment. Dans Lullaby to my father, qui est comme son titre l’indique un film basé sur des données autobiographiques, il n’apparaît cependant pas à l’image et l’ensemble du film donne l’impression de pouvoir être fait par n’importe quel autre cinéaste que le fils du père dont il est question. Cette distanciation extrême est sans doute due au fait que le père, disparu depuis quelques années au moment de la réalisation du film, ne peut qu’être absent des images – à moins d’utiliser des archives, ce que Gitai a explicitement refusé de faire ici. Père absent, fils absent ? La mère, elle, sera « jouée » par une actrice et les textes du père seront aussi lus par le cinéaste lui-même.

Le père est absent visuellement, mais il occupe tout le film, ce qui donne aussi à lire, en creux, le rapport père-fils. Il s’inscrit clairement dans une dimension qui dépasse le cadre de la famille, une dimension à la fois professionnelle et historique.

C’est là la grande originalité du film. Sa difficulté d’approche aussi. Le père du cinéaste, Munio, est présenté à travers un parcours qui n’a de sens que parce qu’il s’inscrit dans l’histoire de l’Europe du xxe siècle. De la Pologne natale avant guerre, jusqu’à Israël avant même la création de l’État juif, en passant par l’expulsion de l’Allemagne et l’exil en Suisse, c’est le sort de juifs qui ont échappé à l’Holocauste qui est ici retracé. Le deuxième volet du personnage de Munio concerne l’architecture. Élève du Bauhaus avant guerre, toute son activité professionnelle et artistique se déroulera dans le cadre de cette formation.

Hommage à son père, le film de Gitai est aussi un hommage au Bauhaus, dont il fait revivre en images les valeurs, ces valeurs humanistes que le nazisme a essayé de détruire. Dans le cinéma de Gitai, elles sont bien vivantes.

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G COMME GUYANE

Rencontres en Guyane de Xavier Gayan.

Au printemps 2017, la Guyane s’est brusquement rappelée au bon souvenir de la métropole ; en pleine campagne électorale présidentielle. Sortie ainsi de l’oubli, ou de l’indifférence, les Français allaient devoir s’interroger. Et d’abord, c’est où la Guyane ? Et c’est quoi ? Un département ou un territoire d’outre-mer ? Sur quel continent ? Les Guyanais, eux , ont le sentiment d’être considérés un peu comme des « sauvages », de lointains descendants d’esclaves venus d’Afrique et vivant sur une île au milieu des océans… Et effectivement, il y a tant de choses que les Français ignorent à son sujet, qu’il est presque d’utilité publique d’y aller voir de plus près.

Et d’abord, qui sont ceux qui vivent en Guyane ? Comment vivent-ils ? Que pensent-ils de leur pays, de la France et des Français ? Quelles sont les relations sociales et les rapports entre les différentes communautés qui composent cette population particulièrement cosmopolite ?

Le film de Xavier Gayan a été tourné avant les événements qui ont fait l’actualité récente de la Guyane. Il ne peut donc pas être soupçonné d’instrumentaliser les discours de la contestation. Xavier Gayan connaît bien la Guyane pour y avoir séjourné à plusieurs reprises. C’est donc parce qu’il a déjà beaucoup de contacts avec les Guyanais qu’il peut recueillir leur parole de façon simple et directe, sans langue de bois, sans cliché ou formule convenue. Une parole toujours significative d’un vécu, d’une pensée, d’une prise de position.

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Xavier Gayan pratique l’interview avec un grand sens de la communication. Il pose des questions, mais il ne se contente pas d’enregistrer des réponses. IL établit véritablement un dialogue avec ses interlocuteurs, qu’il rencontre soit individuellement, soit en petits groupes de trois ou quatre. Il demande des précisions, essaie toujours de faire approfondir le propos. Bien sûr, certaines de ces rencontres n’ont pas besoin d’être «relancées ».  On sent le besoin de parler, d’être écouté et le cinéaste sait parfaitement s’effacer lorsque c’est nécessaire. Au montage alors de couper les répétitions trop évidentes.

Le film est tourné pendant la longue période du carnaval, la grande affaire pour l’ensemble de la population. Sauf peut-être pour un brésilien qui lui trouve que ce n’est pas vraiment « populaire ». Il critique les prix élevé des entrées et des consommations dans les salles de bal. Pourtant les défilés dans les rues connaissent un grand succès et le cinéaste nous les montre en plans de coupe des interviews, mobilisant tous les âges, débordant de couleurs et de musique, particulièrement inventifs dans les déguisements et toujours sur des pas de danse. Car bien sûr, ces Guyanaises dont plusieurs intervenants dans le film soulignent à quel point elles sont « chaudes », ont le rythme qui leur colle à la peau.

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L’autre grande affaire que met en avant le film – bien avant les problèmes économiques ou la situation de l’emploi – concerne les relations intercommunautaires. Bien sûr personne ne s’affiche ouvertement raciste et cette jeune fille noire affirme même qu’il est en régression ces derniers temps. Pourtant beaucoup affirment ne pas trop aimer les étrangers et même détester les immigrés, surtout les pauvres. Bref les problèmes de couleur de peau ne sont plus vraiment au centre des préoccupations. Mais cela n’empêche nullement le développement d’un certain communautarisme qui, s’il n’engendre pas vraiment des actes de violence, reste porteur de risque de conflits.

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Le film  nous propose donc une série de portraits particulièrement diversifiée : des « vrais » Guyanais (ceux qui sont nés ici), des immigrés (un brésilien et un laotien qui se sent avant tout français), des jeunes (garçons et filles filmés séparément), un couple mixte, un ex-toxicomane handicapé qui profite de la situation pour demander un peu d’argent au réalisateur, un enseignant métropolitain qui bien évidemment critique l’administration locale, une commerçante qui pouffe de rire à propos de la vie sexuelle des femmes, un métis que le réalisateur tutoie, un Guyanais âgé qui n’est pas loin de vouloir expulser tous les immigrés, bref un échantillon  de population dont la représentativité ne fait guère de doute. Et les choix effectués par le réalisateur restent pertinents, hier comme aujourd’hui.

Aux plans sur le carnaval s’ajoute un certain nombre de plans de coupe réalisés sous la pluie d’orage. Des images qui en disent long sur l’atmosphère propre à la région.

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G COMME GUARANI (Brésil)

Martirio de Vincent Carelli, Brésil, 2016, 162 minutes.

Entre le cinéaste et les indiens Guarani et Kaiowa du Brésil il existe une longue histoire, une histoire de rencontre, de compréhension, de soutien, de respect. Et l’histoire de ces indiens  est elle-même une longue histoire, une histoire de survie, d’expulsion, de massacres et d’assassinats. Une histoire de résistance et de lutte.

Depuis de longues années, les indiens Guarani luttent pour retrouver leurs terres, pour revenir vivre sur leurs terres, celles de leurs ancêtres, celles où ils sont nés et où leurs parents sont enterrés. Ils en ont été expulsés, dessaisis, par des exploitants agricoles, installant de grandes fermes, cultivant la canne à sucre ou exploitant le maté, détruisant la forêt et rendant ainsi la vie traditionnelle des indiens impossible. Une longue série de conflits, qui au fil des ans finit par devenir une véritable guerre où s’affrontent deux logiques totalement opposées. Les indiens revendiquent leur droit ancestrale sur cette terre dont ils ne voient pas comment on peut affirmer qu’elle n’est pas leur terre. De l’autre côté, les fermiers se retranchent derrière le développement et la mise en valeur du pays et ne cherche que le profit économique. Un véritable dialogue de sourds. Ou plutôt, une absence totale de dialogue. Pour se faire entendre, les indiens envahissent les fermes. Et les fermiers n’hésitent pas à utiliser les armes, pour se défendre disent-ils. Le film énumère alors la longue série des morts d’indiens par balles, jusqu’au meurtre, sans doute organisé, d’un de leur chef.

Vincent Carelli retrace en voix off l’histoire de ses relations avec les indiens,  au côté desquels il se positionne clairement. Une implication qui le pousse à revenir sans cesse pour suivre sur le terrain l’évolution de la situation. Il ne peut que constater combien le sort fait aux indiens ne peut que se dégrader. Beaucoup en sont réduits à camper sur le bord des routes. Et il leur donne la parole, recueillant l’exposé de leurs revendications et constatant leur détermination qui elle aussi augmente au fil des ans. Tous affirment qu’ils iront jusqu’au bout, qu’ils lutteront jusqu’à la mort, qu’ils ne quitteront jamais cette terre, leur terre.  Le cinéaste se fait ainsi leur porte-parole. Il filme les manifestations qu’ils organisent, en ville, dans la capitale, jusqu’à envahir la chambres des députés lors d’une de ses séances. Il leur confie même une caméra, les initie à son fonctionnement. Comme cela ils pourront filmer en son absence. Et cela se révèle particulièrement utile lors d’une attaque des hommes de main des fermier, filmée par les indiens. Des images hésitantes, mal cadrées, sans stabilité, mais des images chargées d’émotion, qui ne peuvent laisser indifférent.

Mais le film va bien au-delà de cette implication personnelle. Il propose une véritable histoire des indiens du Brésil, suivant l’évolution des textes constitutionnels et des différentes lois concernant le problème des terres,  mobilisant des archives multiples, émissions de télévisions, articles de presse, déclarations plus ou moins officielles, débats publics et séances à la chambre des députés. Il ajoute les explications jugées nécessaires et va jusqu’à concrétiser les réductions de la surface des terres concédées aux indiens sur des cartes. Bref cette dimension du film est très didactique. Mais l’alternance avec le filmage « en direct » du vécu des indiens est parfaitement maîtrisée.

Tout au long du film, le cinéaste propose des images de routes, prises depuis son véhicule, qui défilent devant nous. A quoi correspondent les images de groupes d’indiens qui, pour occuper leur terre, défilent dans les sentiers, dans la forêt, entre les cultures des blancs, des défilés musicaux  et rythmés. Des actions pacifiques. Et pourtant, la violence fait très vite irruption. Peut-on imaginer que ceux qui l’utilisent, parce qu’ils se savent les plus forts, ne finissent pas par triompher ?

Cinéma du réel 2017, compétition internationale.

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G COMME GUERRE

Qui fait la guerre à Daesh ? Entre autres, les Kurdes du PKK. Et en particulier un groupes de femmes, un bataillon dirait-on en termes militaires. Elles sont jeunes, jolies, toujours souriantes. Et leur uniforme tout neuf leur va si bien. Elles manifestent une joie de vivre à toute épreuve. Même des les moments de combats. Car elles luttent pour leur survie, pour leur vie tout simplement. Une lutte pour la liberté bien sûr, pour leur libération, en tant que femmes.

Le film que la cinéaste d’origine kurde vivant au Québec où elle a fait ses études de cinéma, Zayne Akyol , leur consacre n’est pas un film idéologique. Il ne comporte pas de déclarations officielles, de justifications des positions prises ou de l’engagement des combattantes. Les montrer dans leur détermination suffit. Le film les montre de très près. La caméra est toujours placé au sein de leur groupe, elle en devient même le centre. Et la cinéaste en assume les risques. Mais l’on sent bien que cela n’est pas qu’une position de cinéaste ; c’est aussi une engagement de femme. Car si le film se fait en quelque sorte l’avocat de la lutte des Kurdes, il est beaucoup plus engagé au côté de la lutte de ces femmes, dans un contexte qui leur est on ne peut plus hostile. Et il réussit parfaitement à préserver leur féminité, jusque dans la dimension militaire de leur combat. Seule une cinéaste pouvait sans doute réussir cela aussi bien.

On passe ainsi de l’entraînement physique à l’apprentissage du maniement des armes, jusqu’au moment de tension dans l’observation la nuit des positions de l’ennemi. L’affrontement est imminent. Nous ne le verrons pas. Les combattantes préviennent la cinéaste et l’engagent à ne pas mettre sa vie en danger. De toute façon le projet du film n’est pas de devenir un film de guerre. Il est avant tout un cri d’espoir dans un avenir meilleur.

Il fallait beaucoup de courage et de détermination pour réaliser un tel film. Il fallait aussi avoir une vision parfaitement claire de ce qu’est un film documentaire et de ce qui le distingue du reportage télévisé. Car le risque était grand d’en rester à une vision superficielle du conflit ou de prétendre dégager d’un seul coup la vérité du problème kurde. Zayne Akyol évite ces écueils en centrant son propos sur la lutte des femmes. Par là, elle montre aussi que le cinéma documentaire ne peut pas mettre de côté l’émotion, qu’il doit même la susciter chez le spectateur pour le faire participer à son propos. Il n’y a sans doute pas de meilleurs moyens de comprendre une situation complexe que de la vivre de l’intérieur, et c’est cela que nous propose aujourd’hui bien des cinéastes qu’on peut alors qualifier d’engagés.

Gulistan, land of roses de Zayne Akyol, Canada, Allemagne, 2016, 86 minutes

Visions du réel, compétition internationale longs métrages

G COMME GUY GAUTHIER

Peut-on définir le documentaire ? La tentation est forte, même si en le tentant Guy Gauthier précise immédiatement que toute définition court le risque d’être partielle et donc de pouvoir toujours être contestée en faisant intervenir un autre point de vue.

Retraçant une petite histoire des tentatives de définitions du documentaire, Gauthier fait jouer le jeu des oppositions les plus courantes (par rapport à la vie, par rapport à la fiction, par rapport à la technique), répertoriant ainsi la multitude des appellations dont ce cinéma a fait l’objet.

« Le documentaire, c’est la vie ».

  • Ciné-œil (Vertov, 1924)
  • Document-vie (Léon Moussinac, 1928)
  • Film de vie (jean Benoît-Lévy 1945)
  • Caméra vivante (Richard Leacock)
  • Cinéma du vécu (Pierre Perrault)

« Le documentaire, c’est l’authentique ».

  • Cinéma de la réalité
  • Cinéma du réel
  • Cinéma-vérité
  • Cinéma direct

« Le documentaire, c’est la fiction ».

  • Le documentaire romancé
  • Docu-drame
  • Documentaire-fiction
  • Fiction documentée
  • Fiction documentaire
  • Le « documentaire » fictif (la Bombe de peter Watkins)

« Le documentaire, c’est l’action ».

  • Le documentaire de création
  • Le documentaire ethnographique et sociologique (Jean Rouch)
  • Le documentaire social (Henri Stork)
  • Le documentaire militant (Joris Ivens)
  • Le documentaire d’intervention (Fernando Solanas)

 

Guy Gauthier, critique et théoricien du cinéma documentaire, auteur en particulier de :

Le Documentaire, un autre cinéma (Nathan université)

Chris Marker, écrivain multimédia ou Voyage à travers les médis (L’Harmattan)