I COMME INCIPIT (Louis Malle)

Place de la République de Louis Malle (1972)

La première séquence du film qui nous plonge aussitôt au cœur de l’objet du film et du projet du cinéaste.

Elle nous dit qu’il s’agit de filmer des gens, des passants, des anonymes, pris au hasard sur un trottoir, de les aborder directement et leur poser des questions. De commencer donc un dialogue, qui pourra très bien faire long feu, mais qui pourra aussi se développer, s’approfondir, enclencher une véritable rencontre.

Elle nous dit aussi comment ce projet sera réalisé, comment le cinéaste entend filmer, sans jamais se cacher ou  essayer de se dissimuler. Louis Malle sera donc très présent dans le film, comme les autres membres de son équipe. On verra souvent la caméra, un micro tenu à la main ou une perche et les techniciens, collaborateurs du cinéaste. Le film inclut donc le filmage du dispositif du micro-trottoir qui est utilisé, un dispositif qui n’a rien à voir avec la pratique de la caméra cachée. Il ne s’agit pas de voler des images. Et même si à l’époque de la réalisation du film le problème du droit à l’image personnelle ne se posait pas avec la même acuité qu’aujourd’hui, il est clair que pour un cinéaste filmer des personnes renvoie nécessairement à une déontologie, voire à une éthique. Et cela, cette première séquence le proclame clairement.

Donc nous sommes dans un lieu passant, un lieu urbain, une rue ou une place. La caméra est placée au cœur de la foule, des hommes et des femmes pressés, que nous n’avons guère le temps d’identifier, ou de reconnaître. Ils entrent dans le cadre pour en sortir presque instantanément. Car il ne s’agit pas d’un plan d’ensemble. Le cadre est particulièrement serré, au plus près des visages. Choix paradoxale pour nous donner l’impression de la foule. Ou alors il faudrait multiplier les plans, filmer cette foule sous des angles différents, pratiquer le montage rapide et ne proposer que des plans brefs. Ce n’est pas le choix de Malle. La sensation de  foule, c’est le mouvement dans le cadre qui la donne. Et la caméra qui elle-même n’est pas fixe mais bouge beaucoup.

Mais nous nous rendons bientôt compte qu’il y a un objectif précis à ce filmage qui n’est en fin de compte pas du tout laissé au hasard. Le premier élément distinct est le hurlement d’une sirène (ambulance ou police ?). Un son qui se dégage du brouhaha intense de la rue et qui semble introduire l’image, un gros plan sur un personnage, un homme en costume sombre, cravate et chapeau. Un  homme que l’on va suivre – et l’on voit effectivement la caméra qui le suit portée à l’épaule- et qui est donc filmé de dos. Il  marche au milieu de la foule et semble comme porté par elle. Il s’arrête pour traverser une rue à un passage piéton, semble hésiter à s’engager sur la chaussée, se glisse enfin entre les voitures  qui se sont arrêtées, reprend sa marche sur le trottoir.

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C’est à ce moment-là, que le cinéaste choisi de faire irruption dans l’image, d’aborder l’homme qui s’arrête de marcher puisqu’on lui adresse la parole. Pourtant il ne relève pas la tête vers son interlocuteur. Il fait répéter ce que celui-ci vient de dire. « Vous vous êtes aperçu  qu’on vous filme depuis un quart d’heure »? ». L’homme ne semble pas surpris. Non il n’a pas fait attention à la caméra. Malle (car c’est bien lui qui est ainsi présent dans son film) pose les premières questions. «  Vous êtes du quartier » ; « Etes-vous parisiens ». L’homme répond chaque fois par la négative. Un simple mot. Cette première rencontre n’est pas particulièrement fructueuse au niveau du discours. Mais cela fait aussi partie du projet du film.

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On peut alors passer au générique, sur d’autres images, des femmes et un enfant qui dialoguent entre elles en espagnol tout en marchant. Le film a débuté sans transition. En fait, il n’y a pas de générique au sens habituel du terme puisqu’il n’a rien d’écrit sur l’écran. Le générique de Place de la République est entièrement oral. C’est la voix de Malle qui énumère, en off, les membres de son équipe. Il n’en reste d’ailleurs pas à cette dimension banale puisqu’il précise le sens qu’il donne au film, la rencontre avec des parisiens et la présence du cinéaste qui assume pleinement son statut d’auteur.

« Nous avons tourné ce film en 10 jours sur quelques mètres de trottoir Place de la République. Le principe est simple. Caméra et micro bien en évidence nous sommes entrés en conversation avec des inconnus ».

Un incipit qui souligne de façon éclatante la modernité de Malle documentariste.

La série Incipit :

I COMME INCIPIT (Wang Bing) Les trois soeurs du Yunnan

I COMME INCIPIT (Vincent Dieutre) Rome désolée 

I COMME IMAGES

Voyage of Time : Au fil de la vie de Terence Malik.

Des images pour dire le monde, l’univers. La magie des images, la beauté des images. Des images grandioses, surprenantes , hétéroclites. Une succession d’images qui doit faire sens.

Des oppositions simples : la nature d’un côté, la vie des hommes de l’autre. La simplicité versus la complexité. La vie originelle versus l’organisation sociale dans ce qu’elle peut avoir de pas vraiment organisée.

Des images pour dire la luxuriance de la nature et l’émerveillement qu’elle peut susciter. Et d’autres images pour nous faire nous interroger sur l’histoire des hommes, passé et avenir.

Un texte accompagne ces images. Un texte haché, discontinu, qui sait s’interrompre pour laisser la place à la musique, omniprésente elle. Pour laisser le spectateur savourer les images. Un texte poétique. A la limite de l’incantation parfois. Mais qui souvent se limite à des mots. Des mots simples. Répétés. Mère. Un texte qui pourrait avoir une existence autonome. Qui en tout cas ne décrit jamais les images.

Le film est entièrement basé sur le primat du visuel. Il fait le pari de la force de séduction des images. Mais ne sait-on pas, depuis longtemps déjà, que justement les images sont de l’ordre de la séduction. Ici, comme dans bien d’autres situations, elles nous invitent à se laisser happer par elles. Et du coup à laisser à la porte de la salle tous ses soucis. A oublier nos problèmes. Effacer en soi toutes traces de la vie quotidienne. Car le film nous entraine bien loin de la banalité de nos vies étriquées. Ce qui domine, c’est le jamais vu parce qu’inaccessible au regard humain, le fond des océans et leur profusion de poissons, du plus petits au plus gros. Les irruptions volcaniques aussi avec leurs explosions de feu et leurs coulées de laves incandescentes. L’eau et le feu se rejoignent donc, à quoi il faut ajouter bien sûr l’air et la terre.

Le film se termine au Tibet. Du côté du mysticisme. Y a-t-il là de quoi sauver le monde ?

 

I COMME INDE

Prends, Seigneurs, prends de Cédric Dupire et gaspard Kuentz

L’Inde mystérieuse, surprenante, choquante même peut-être ; l’Inde colorée, faite de poussière et de sang, de cris et de murmures ; toute l’Inde dans une cérémonie où des hommes et des femmes entrent en transe, se bousculent, se flagellent ou sont battus, sans qu’aucun ne résiste, se lamente ou tente de s’échapper.

Nous sommes immergés dans cette cérémonie, totalement immergés. Nous en sommes aussi captifs que les différents protagonistes. La seule échappée est le passage d’un train, dans le lointain, entrevu entre les éléments du décor de la cérémonie. Il passe lentement, longuement, nous restons.

La caméra est placée au plus près des corps, des visages. Une caméra qui n’est jamais perçue comme une intruse. Visiblement, tous ont accepté sa présence, même si nous ne savons pas en fonction de quel contrat, tacite ou explicite. A un moment, un des officiant (un prêtre ?) entraine l’homme possédé à l’écart, pour qu’il lui murmure à l’oreille qui il est. Que tous s’éloignent dit-il, « sauf les blancs, eux ils font des images ». Remarque surprenante, qui peut très bien passer inaperçue, et dont d’ailleurs le film ne se hasarde pas à donner une interprétation. Mais une interpellation qui résonne pour nous spectateur comme une invite, une reconnaissance de notre position de spectateur, extérieur donc au mystère qui se joue, mais témoin de son existence, comme tous ceux qui sont là, en spectateurs eux-aussi, qui assistent à la cérémonie sans semble-t-il y participer, parmi lesquels beaucoup d’enfants, en cercle autour d’une scène (simple support de bois surélevé) construite en dehors des habitations et délimitée par des fanions qui flottent au vent. Une scène, mais ce terme occidental n’a sans doute pas de sens ici, car nous ne sommes pas au théâtre, les hommes et les femmes qui entrent en transe ne sont pas des acteurs qui joueraient un rôle. Et pourtant, nous ne pouvons pas ne pas voir que dans tout cela il se joue quelque chose, quelque chose sans doute de fondamental, mais qui nous échappe.

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Le film donc ne donne aucune explication, ce qui le situe bien sûr dans une perspective de cinéma direct. Et d’ailleurs, il va très loin dans cette direction. Car les cinéastes semblent s’être arrangés pour qu’aucune explication ne soit avancée, même par bribes, par les protagonistes ou les témoins. Ainsi le film qui pourrait être perçu comme évoquant le cinéma de Jean Rouch, et ce qu’il a appelé le « ciné-transe », en est en fait bien éloigné. Rouch était ethnologue et restait ethnologue lorsqu’il filmait les cérémonies d’envoutement au Niger (Les Maîtres fous, bien sûr). Ici, on a l’impression que Dupire et Kuentz eux veulent avant tout être, et rester, cinéastes. Que ce qui compte pour eux, et pour nous spectateurs, ce sont les images. Mais en voyant ces images venant d’un monde si différent de celui dans lequel nous vivons, nous sommes amenés nécessairement à nous interroger, et c’est la force du film : ces images mystérieuses ne vont-elles pas au-delà du spectacle pour atteindre le sacré, ou peut-être même le divin ?

Cinéma du réel 2017, compétition française.

I COMME IMMIGRATION REUSSIE

Appellation d’origine immigrée, de Fanny Pernoud et Olivier Bonnet.

Oui, les exemples d’immigration réussie ne sont pas si rares que l’opinion publique aurait tendance à le croire. Bien sûr il est nécessaire de parler des drames fréquents en Méditerranée, des difficultés de toutes sortes rencontrées pour pénétrer en Europe et franchir des frontières qui deviennent de plus en plus des murs qui se veulent infranchissables, des conditions de survie plus que précaires que connaissent ceux qui arrivent tant bien que mal sur les côtes du Pas-de-Calais, à deux encablures de cette Angleterre qu’ils considèrent comme la terre promise. Les médias se doivent d’en rendre compte de ce qu’il est convenu d’appeler « la crise des réfugiés ». Le cinéma documentaire de son côté contribue depuis plusieurs années à sensibiliser les spectateurs, et à les faire réfléchir à ces situations qui ne devraient laisser personne indifférents. Mais il est tout aussi utile de montrer que la vie en France des femmes et des hommes d’origine étrangère n’est pas toujours marquée par le chômage et la misère. Que ce n’est pas parce qu’on est noir de peau ou qu’on porte un nom arabe qu’on est destiné à être enfermé dans le ghetto des banlieues. Que leur intégration est une chose possible, dans une France multiculturelle.

Le film de de Fanny Pernoud et Olivier Bonnet nous propose trois exemples d’intégration réussie. Laetitia, Gjibril et Alderrahim sont Français. Qu’ils soient nés en France ou en Afrique n’a pas d’importance. Ce qui compte, et que nous montre le film, c’est leur mode de vie en France, leur travail, leurs relations sociales et la façon dont ils ont obtenu une véritable reconnaissance, professionnelle, mais aussi personnelle. Car si le film choisit de montrer principalement leurs compétences professionnelles – chacun dans un domaine particulier, à priori surprenant – il met aussi en évidence leurs qualités humaines, leur dynamisme et leur optimisme fondamental.

Trois portraits, contrastés, même si au fond ils nous disent la même chose. Ils sont tous les trois passionnés par leur travail. Tous se sentent  français, mais gardent aussi en eux la marque de leur origine.

Laetitia, métis d’origine camerounaise, est vigneronne dans l’Hérault. Nous la suivons aux côtés de son mari dans toutes les épates de son métier, de la culture de la vigne, à la mise en bouteille et à la vente en passant par les vendanges et la vinification. Sa mère n’a qu’un regret, c’est de ne pas lui avoir appris la langue de son ethnie.

Alderrahim est, depuis 14 ans, fromager en Haute-Savoie et son reblochon artisanal est couvert de médailles. A la fin du film il retourne au Maroc pour créer de toutes pièces une fromagerie. Dans ses adieux, au maire ou  au curé, tous disent le regretter.

Gjibril est boulanger à Paris, du côté de Montmartre. La longue file d’attente sur le trottoir devant sa boutique en dit long sur sa réussite. D’ailleurs sa baguette a obtenu le premier prix de la baguette parisienne et à ce titre est servie pendant une année aux petits déjeunés de l’Elysée ! Le film nous montre son voyage au Sénégal où les retrouvailles avec sa famine sont particulièrement émouvantes.

Un film destiné en priorité à la télévision, mais qui peut surtout prendre place dans des rencontres-débats autour de l’immigration. Une occasion de dépasser les stéréotypes et les préjugés.

 

 

I COMME INTERNET

Now He’s out in Public and Everyone Can See de Natalie Bookchin

 En 2016, Long Story short de Natalie Bookchin avait obtenu le Grand prix du Cinéma du Réel, un film sur la pauvreté aux Etats Unis, où elle existe aussi, comme partout. Dans l’édition 2017 du festival parisien, nous avons pu voir son dernier film, un court métrage de 24 minutes, où elle reprend le même dispositif filmique, des personnes très variées qui nous parlent en gros plan et qui parfois sont présentes à plusieurs dans une mosaïque sur un écran partagé. Mais cette fois-ci il ne s’agit plus d’interviews, mais d’une sélection d’extraits de déclarations faites sur des blogs vidéo. Un montage très subtil qui réussit à construire un discours collectif sur un sujet unique que l’on découvre peu à peu, au fil de ces interventions multiples.

Un montage d’images trouvées sur Internet donc, des extrais toujours très brefs de blogs vidéo. Des hommes et des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des blancs, des noirs, quelques asiatiques, bref une galerie d’américains types classe moyenne, en teeshirt ou buvant une bière, tous s’assoient devant une webcam et parlent. Ils font des déclarations qu’ils veulent solennelles, ou plus simplement ils donnent leur avis. Sur quoi ? De quoi parlent-ils ? De l’actualité du jour sans doute. Ou plus certainement de ce dont tout le monde parle sur le net au moment où ils prennent la parole, des sujets récurrents donc, les buzz les plus imprévisibles comme les rumeurs les plus tenaces. Sans se connaître, ils parlent tous de la même chose.

Le montage réalisée par la cinéaste réussit à organiser dans cette somme considérable un dialogue où chaque intervention, pourtant strictement individuelle en soi, prend place dans un grand débat qui devient public. Les images retenues sont le plus souvent des gros plans des visages de ceux qui s’expriment. Certains pourtant soignent la mise en scène, essentiellement par les éléments de décor en arrière-plan. Des images ponctuées dans le film par des écrans divisés où ces visages apparaissent et disparaissent rapidement. Et parfois même, dans ces images multiples tous les intervenants disent la même chose, un mot, une expression, un chœur unanime synthétisant la cacophonie des interventions précédentes. Des mots repères : argent, pouvoir. Tout est dit.

S’en tenir aux faits. C’est ce que chacun affirme. Comme si c’était si simple. Il s’agit d’un homme. Mais quelle est vraiment son identité ? Où est-il né. A-t-on des certitudes. L’évidence c’est qu’il n’y a pas de certitude. Comme à propos de la couleur de sa peau. Est-il vraiment noir ? D’autres ont affirmé qu’il était blanc. Mais peut-on contester qu’il soit riche. Certains parlent de Michael Jackson. On pense aussi à Obama (« un noir dans une maison blanche »). Ce n’est que la cinéaste brouille les pistes à loisir. Les pistes ne peuvent qu’être brouillées. Toutes se valent. Tous affirment ne pas être racistes. Mais la question raciale semble bien au centre de toutes les préoccupations. Nous sommes dans l’univers de la pure doxa. Celui qui se fera entendre c’est bien celui qui parle le plus fort, ou qui parle le plus. Mais dans le film tous n’ont qu’un temps de parole limité. Même si certains personnages reviennent plusieurs fois à l’écran. On ne peut retenir que des bribes de leurs discours. Nous sommes irrémédiablement enfermés dans ce monde du factice, de l’illusion, de la rumeur, du bruit (au sens des théories de la communication). Une illustration toute simple du monde d’Internet à l’époque des médias sociaux.

Cinéma du réel 2017, compétition internationale courts métrages.

Sur le précédent film  de Natalie Bookchin Long Story short, lire P comme Pauvreté.

dicodoc.wordpress.com/2016/03/31/p-comme-pauvrete/

I COMME INVENTAIRE DES FILMS AUTOBIOGRAPHIQUES

Walk away Renée!

Peut-on faire un inventaire des films que l’on peut considérer comme autobiographiques  (on pourrait aussi les qualifier de films en première personne et parler de cinéma du je). En excluant l’autofiction.

Premier état. A compléter bien sûr.

1 Autobiographie au sens strict (récit de vie où l’auteur, le narrateur et le personnage principal sont une seule et même personne et qui adopte une démarche rétrospective (selon les critères de Philippe Lejeune – Le pacte autobiographique)

Les plages d’Agnès, d’Agnès Varda

2 le journal intime filmé (au jour le jour donc, alors que l’autobiographie au sens strict est un point de vue rétrospectif).

Ce répondeur ne prend pas de message d’Alain Cavalier

Le filmeur d’Alain Cavalier

La rencontre d’Alain Cavalier

Irène d’Alain Cavalier

Lost lost lost de Jonas Mekas

As I was ahead occasionally I saw brief glimpses of beauty de Jonas Mekas

Walden de Jonas Mekas

Réminiscence d’une journée en Lituanie de Jonas Mekas

Backyard de Ross McElwee

Time indefinite de Ross McElwee

Bright leaves de Ross McElwee

Photographic Memory de Ross McElwee

Demain et encore demain de Dominique Cabrera

Journal intime de Nanni Moretti

No sex last night de Sophie Calle

Lettres d’amour en Somalie de Frédéric Mitterrand

Diary de David Perlov

3 L’enquête personnelle. La recherche du moi, souvent dans une perspective familiale.

Histoire d’un secret de Mariana Otero

Rue Santé Fé de Carment Castillo

L’image manquante de Rithy Panh

Sablé-sur-Sarthe, Sarthe de Paul Otchakovsky-Laurens

Le Fils du marchand d’olives de Mathieu Zeitindjioglou

Agnès de-ci de-là Varda d’Agnès Varda

Retour en Normandie de Nicolas Philibert

Une jeunesse amoureuse de François Caillat

Nos traces silencieuses de Sophie Brédier et Myriam Aziza

Les Carpes remontent les fleuves avec courage et persévérance de Florence Mary.

La terre de la folie de Luc Moullet

Anatomie d’un rapport de Luc Moullet

Nich’s movie de Wim Wenders

Casa de Daniela de Felice

Scènes de chasse au sanglier de Claudio Pazienza

Dans ses bras de Naomi Kawase

Traces de Naomi Kawase

L’heure esquisse de René Allio

Sans gravité de Murielle Labrosse

Visages d’une absente de Frédéric Goldbronn

4 L’autoportrait

Journal de France de Raymond Depardon et Claudine Nogaret

Rome désolée de Vincent Dieutre

Leçons de ténèbres de Vincent Dieutre

Mon voyage d’hiver de Vincent Dieutre

Bologna centrale de Vincent Dieutre

Lettre à ma fille d’Eric pauwels

Mes films rêvés d’Eric pauwels

La deuxième nuit d’Eric pauwels

Amore carne de Pippo Delbono

Là-bas de Chantal Ackerman

News from home de Chantal Ackerman

No home movie de Chantal Ackerman

Mémoires d’un juif tropical de Joseph Morder

Mes toits et moi d’Anne Morin

Les vacances du cinéaste de Johan van der Keuken

Vacances prolongées de Johan van der Keuken

La pudeur et l’impudeur de Hervé Guibert

Tarnation de Jonathan Caouette

Walk away Renée! de Jonathan Caouette

Happy birthday Mr Mograby de Avi Mograby

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon de Avi Mograbi

Août avant l’explosion de Avi Mograbi

 

I COMME INCIPIT (Vincent Dieutre)

Rome désolée de Vincent Dieutre.

Le premier plan du film. Un plan fixe. Long. Une première image. Une image sombre. Une image de nuit. Avec des lignes de lumière quand même. Des éclairages. Des néons qui se perdent dans la profondeur de champ. Et puis de cette profondeur – un fond qui n’est pas à l’infini quand même – arrivent deux phares, deux yeux, deux trouées lumineuses, qui viennent vers nous. Premier mouvement dans ce plan fixe. Nous qui sommes là, en attente. On finit par deviner que nous sommes sur un quai. Train ou métro. Avec quelques hommes qui attendent. Qui font les cent pas sur le quai en attendant. Des hommes dont on ne voit que le pantalon. Puis le train – parce qu’il s’agit bien d’un train – vient s’arrêter devant la caméra posée sur le quai. Une entrée en gare calme, sans rien d’agressive. Les trains ne foncent plus sur les spectateurs de cinéma.

         On ne distingue guère la descente des passagers du train, mais peu à peu le quai devient animé, encombré même, une foule de voyageurs, qui se pressent, de croisent, les uns s’éloignant de la caméra toujours fixe, les autres s’en rapprochant pour la dépasser et disparaître dans son dos. Le cadrage ne permet pas de voir les visages. Anonymat

         C’est le début d’un voyage – ou son terme. L’annonce d’un départ, ou un point de chute. La voix est claire, contrastant avec la noirceur de l’image. Elle définit un trajet, un itinéraire. Pourtant tout le film se passera dans la même ville : Rome.