C COMME CAVALIER – Filmeur

Un film en images : le filmeur, Alain Cavalier, 2005, 96 minutes.

Alain

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Françoise

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Les parents

Les amis

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L’appartement

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La rue

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Les animaux

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Les objets

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V COMME VERTOV – Caméra.

Un film en images : L’homme à la caméra, Dziga Vertov, URSS, 1929, 80 minutes.

La caméra.

Posée sur son trépied, portée à l’épaule, elle est partout, sous les trains, dans les airs, au sommet d’un immeuble, dans les rues au milieu de la foule, dans l’intimité d’une chambre, dans les usines, au plus près des machines, au fond de la mine de charbon, sur la plage au milieu des baigneurs, sur le terrain de sport, dans le salon de coiffure où les femmes se font belles, et bien sûr dans la salle de cinéma où on projette ses œuvres.

La caméra voit tout, examine tout, enregistre tout. De façon bien plus précise que l’œil humain. Grace à elle les images sont la vie.

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Le cinéma.

La salle de projection, vide au début du film. Mais les spectateurs arrivent bientôt, nombreux. Attentifs, ils participent vraiment au spectacle. Aller au cinéma n’est-il pas le plus grand plaisir ? Détente après une journée de travail. Réflexion aussi, sur la vie et la société.

Et si la prise de vue est le travail de la caméra, reste le montage, avec les ciseaux et la colleuse.

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Les effets spéciaux.

En post production, mais au tournage aussi, avec des cadrages souvent inédits. Des accélérés aux ralentis, des surimpressions aux écrans partagés. Toujours surprenants, à une époque où l’ordinateur n’existait pas.

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La ville.

Du matin au soir. Animée, vivante, exubérante même parfois. Les bâtiments publics et les immeubles récents. Les boutiques et leurs vitrines avec leurs jeux de reflets. Les rues grouillantes de monde. Et les trams en tous sens. Un désordre apparent, mais au fond, parfaitement maîtrisé par tous.

Dans ville aussi il y a vie.

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Les femmes

Nombreuses dans le film. Plus nombreuses sans doute que les hommes. Des visages filmés en gros plans, des visages souriants, sérieux aussi. Au travail. Dans les moments de loisirs, le sport ou l’art. Toujours joyeuses. Ici elles sont vraiment l’égal des hommes.

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A lire : https://dicodoc.wordpress.com/2016/01/29/o-comme-origine/

M COMME MARCELINE – Loridan-Ivens.

La vie Balagan de Marceline Loridan-Ivens, Yves Jeuland, 2018, 87 minutes.

Ecrivaine et réalisatrice, Marceline Loridan-Ivens est à n’en pas douter une grande dame du cinéma mondial, de par son œuvre personnelle mais aussi du fait de sa collaboration avec son compagnon, Joris Ivens. Entrepris avant sa disparition récente, ce film est donc un hommage double, un hommage à son œuvre et un hommage à sa vie.

Pour cela, Yves Jeuland a mis au point un dispositif original, qu’il appelle « documentaire en direct ». Son film est une sorte de captation d’un spectacle vivant où les deux protagonistes sont assis face au public du Forum des images à Paris, accompagnés par trois musiciens dont un chanteur. Leurs interventions ponctueront le spectacle. Jeuland joue son rôle d’interviewer. Et Marceline, répondant aux questions avec la plus grande spontanéité, est simplement elle-même. Une simplicité bien sûr émouvante, surtout lorsqu’elle évoquera sa déportation pendant la guerre. Mais la dimension dramatique de ces événements ne vient pas à bout de sa joie de vivre et de son enthousiasme. Marceline a un rire particulièrement communicatif. Et à presque 80 ans elle nous donne une grande leçon d’optimisme.

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Tout ne fut pourtant pas toujours rose dans sa vie. La plus grande partie du film est consacré à son séjour à Auschwitz. Elle raconte avec beaucoup de détails son « voyage » en wagon à bestiaux et les conditions de vie dans le camp. La faim incessante, les batailles pour un morceau de pain, la maladie, la souffrance et la mort toujours présente autour d’elle. Elle évoque son père, arrêté en même temps qu’elle, mais qui est séparé d’elle dans le camp. Elle raconte aussi son retour, l’accueil de sa famille et la difficulté de parler de ces années noires. Mais Marceline a retrouvé son entrain et elle sait parfaitement nous détendre après l’évocation de l’horreur en nous racontant une histoire juive !

La vie de Marceline, c’est aussi le cinéma, des films importants pour des raisons diverses, dans lesquels elle tient un rôle, ou qu’elle a coréalisé. Le premier d’entre eux c’est Chronique d’un été, de Jean Rouch et Edgar Morin. Jeuland en retient de larges extraits, la conversation du début du film avec les réalisateurs, la découverte de son numéro matricule tatoué sur son bras et dont les amis africains de Rouch ne connaissent pas la signification. Et puis, et surtout, la célébrissime séquence filmée dans les halles Baltard où elle fait le récit de la rencontre avec son père à Auschwitz.

La fin du film est consacrée à Joris Ivens, à leur vie commune, à leur passion pour la Chine, illustrée par un extrait du film Histoire du vent. Mais, en dehors d’un court passage du 17° parallèle et l’évocation de la rencontre avec Ho Chi Min, il n’est absolument pas question des engagements politiques du couple. Certes on peut comprendre que le maoïsme ne soit plus aujourd’hui la référence idéologique de Marceline. Mais il n’en reste pas moins que le film qu’ils ont consacré à la vie des chinois pendant la Révolution culturelle (Comment Yukong déplaça les montagnes) constitue toujours un document qui a une valeur tout autant cinématographique qu’historique.

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Vous vous demandez ce que signifie le titre du film (qui est aussi le titre de son autobiographie). Marceline nous donne l’explication dès le début du film. Balagan en hébreux signifie bordel, désordre. Une vie certes qui est loin d’être parfaitement rectiligne. Mais le désordre n’est-il pas le sel de la vie ?

B COMME BERGMAN – Persona.

Persona, le film qui a sauvé Ingmar Bergman, Manuelle Blanc, 2017, 52 minutes.

2018, l’année Bergman. Centenaire de sa naissance. Une profusion de films hommage. Tant mieux pour ses admirateurs, nombreux. Tant pis pour les autres cinéastes qui n’ont pas la chance de donner lieu à une commémoration. Pour Bergman cela nous valut une présentation globale de son œuvre et en partie de sa vie ; une centration sur une année charnière, 1957, année des plus créatives ; et maintenant l’approche d’un de ces films, assurément un de ses films les plus connus, les plus originaux, devenu bien sûr un film culte, et qui permet, on n’en doute pas, de mieux comprendre l’ensemble de son œuvre et de percer à jour quelques aspects de sa vie. Bien sûr on pourrait peut-être faire un autre choix, choisi un autre film, une autre année… Mais peu importe. Persona ouvre tant de voies dans l’histoire du cinéma.

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Le film de Manuelle Blanc resitue donc Persona dans la vie de son auteur. Bergman traverse une grave crise. Très dépressif, il fait un séjour en clinique. Il s’interroge visiblement sur son travail, sa carrière. Pourra-t-il continuer à faire du cinéma ? Ses capacités créatives sont-elles taries ? Et c’est dans ces circonstances qu’il réalisera Persona, dont Bergman dira lui-même que c’est le film qui lui a sauvé la vie. Comment cela a-t-il été possible ? Manuelle Blanc ne refait pas l’histoire des relations du cinéaste avec les femmes. Mais elle souligne que c’est bien la rencontre des deux actrices, Bibi Anderson, l’ancienne maîtresse, et Liv Ullmann (la future ) qui sera l’étincelle allumant le feu de la création de ce film mettant en scène les relations particulières de deux femmes. Et la cinéaste a véritablement la chance de rencontrer Liv Ullmann, de recueillir ses souvenirs à propos de cette année 1965 où Bergman réalisera Persona sur l’île de Farö, l’ile où il aime à se réfugier pour se ressourcer.

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Outre Liv Ullmann, Manuelle Blanc donne aussi la parole à des cinéastes (dont Arnaud Desplechin et Suzanne Osten), un chef opérateur (Darius Khondji) et à un critique (N.T. Binh). Des interventions bien sûr instructives. Mais le film réussit à ne pas enfermer le spectateur dans ces propos d’experts. Il mobilise d’autres sources, comme le cahier personnel de Bergman, qui n’avait jamais été montré au public. Les archives radio et télévisées sont souvent inédites et contribuent à façonner un portrait du cinéaste tout en délicatesse. Un portrait qui nous permet de suivre le processus créatif de l’intérieur. Un processus que le film ne cherche pas à interpréter, dans une perspective psychanalytique par exemple, et qui nous est même plutôt présenté comme pouvant être joyeux, ce qui est on ne peut plus paradoxal s’agissant de Bergman.

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Le film de Manuelle Blanc est bien une analyse du film de Bergman. Il insiste sur son côté novateur, dans le prologue bien sûr, ou dans la séquence où la pellicule s’enflamme. Une analyse qui ne se situe pas dans une perspective universitaire. Elle ne nous dit pas comment il faut comprendre le film. Elle se contente, ce qui est déjà beaucoup, de nous ouvrir des voies pour mieux ressentir les émotions particulièrement fortes qu’il ne peut que susciter.

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S’il y a, dans la jeune génération, des cinéphiles en herbe qui ne connaissent pas encore très bien l’œuvre de Bergman, Persona, ce film sur le cinéma, est tout indiqué pour combler cette lacune.

B COMME BERGMAN – Biographie.

Bergman, une année dans une vie, Jane Magnusson, Suède, 2018, 1H 56.

L’année, c’est 1957, une année présentée comme l’année la plus créative dans la longue carrière d’Ingmar Bergman ; une année que la réalisatrice place au cœur de la vie du cinéaste, non un tournant à proprement parler, mais un centre à partir duquel on peut présenter et sans doute mieux comprendre, les arcanes d’une vie particulièrement remplie tant au niveau de la création cinématographique et théâtrale, que de la vie familiale, amoureuse et aussi sociale. Une année qui sert de plaque tournante au film. Nous y revenons sans cesse pour partir dans le passé – les débuts de Bergman, ses premiers films, ses premiers amours, ses premiers mariages – et pour découvrir le reste de sa vie  – sa consécration artistique, ses grands films, ses réalisations au théâtre, mais aussi sa carrière sociale et presque mondaine (de la brouille avec la Suède et son départ en Allemagne à ses oscars et autres palmes d’or) sans oublier ses aventures amoureuses, et ses tourments sentimentaux. Une vie si  bien remplie que la seule année 57 est loin de synthétiser ou de condenser. La mettre ainsi au centre du film apparait en fin de compte beaucoup plus comme un dispositif filmique ou une astuce de montage que comme une véritable interprétation de l’œuvre de Bergman.

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De toute façon, le film de Jane Magnusson ne prétend pas être autre chose qu’une biographie  (le titre est explicite à ce sujet). Bien sûr on n’oublie pas qu’il est cinéaste et il y a bien tout au long de sa vie un regard sur ses films (avec extraits) et ses mises en scènes théâtrales, mais on a quand même l’impression que cela passe au second plan, pour insister davantage sur les relations du cinéaste avec les femmes.

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Cette biographie dresse le portrait d’un personnage complexe, dont elle vise à ne rien laisser dans l’ombre. On entre, autant que faire se peut à partir des images d’archives et des déclarations de ses proches, dans l’intimité même de Bergman, sa vie familiale en particulier en insistant d’ailleurs assez lourdement sur le fait qu’il délaisse bien souvent ses nombreux enfants. Ce portrait est certes un hommage admiratif du génie créateur et d’un bourreau de travail, mais il ne vise pas à nous le rendre à tout prix sympathique, nous le présentant surtout dans la deuxième partie de sa vie (celle où il est reconnu et admiré mondialement) comme un tyran colérique qui n’hésite pas à blesser ceux avec qui il travaille. Et il en est de même pour une grande partie de ses relations avec les femmes !

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La fin du film s’essaie à dresser un bilan de l’importance de Bergman dans le cinéma et le théâtre, à partir de remarques -souvent rapides – et de jugements à l’emporte-pièce  des cinéastes et acteurs suédois contemporains. Quant à savoir si Bergman supplante Strinberg dans le panthéon artistique de la Suède – ce que le film affirme comme une évidence, comme la qualification de plus grand cinéaste de tous les temps – on laissera chacun en décider…

B COMME BERGMAN Ingmar.

A la recherche d’Ingmar Bergman, Margarethe Von Trotta, Allemagne, 2018

Pour faire le portrait d’un cinéaste.

Présenter la vie et analyser l’œuvre d’un cinéaste, connu et reconnu, dont il pourra être dit que c’est incontestablement l’un des plus grands.

Margarethe Von Trotta a effectivement connu Bergman. L’enquête qu’elle nous propose (c’est le titre de son film qui nous dit qu’il s’agit d’une enquête), ne peut qu’être en même temps un hommage, chargé d’admiration. Un portrait donc où l’intime tiendra une bonne place. Un portrait personnel, même s’il utilise des ingrédients qu’utiliserait tout cinéaste se lançant dans ce type d’aventure. Des ingrédients attendus – convenus -, dont l’absence serait nécessairement perçue comme un manque – voire une faute.

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Quels sont donc les ingrédients qu’utilise Von Trotta dans ce portrait de Bergman ? En dresser la liste constitue en quelque sorte l’inventaire des ressources que le cinéma peut mobiliser pour parler du cinéma – avec des moyens cinématographiques.

Des images donc.

D’abord des photos. Bergman enfant, Bergman adolescent, Bergman jeune adulte, Bergman cinéaste, à ses débuts puis tout au long de sa carrière, jusqu’à la consécration. Et la vieillesse. Des photos de Bergman dramaturge aussi, auteur de pièces de théâtre et metteur en scène. Des images montrant donc l’homme, souvent en gros plans. Des images qui visent à faire connaître, physiquement, un homme qui n’est pas vraiment désigné – pas encore – comme étant un cinéaste.

Le cinéaste apparaît plutôt dans des images filmiques, archives issues ici le plus souvent des fonds de la télévision (il y a semble-t-il peu d’archives personnelles ou familiales de Bergman). Il s’agit presque exclusivement d’extraits d’interviews ou d’entretiens télévisés, où Le cinéaste parle d’un de ses films, ou d’un moment de sa carrière. Se dessine ainsi une sorte de puzzle de l’œuvre, dont le spectateur devra reconstituer la logique et l’unité. Tâche assurément peu aisée à effectuer, surtout pendant le visionnage du film.

Des images filmées sur les lieux où Bergman a vécu, ou séjourné, plus ou moins longtemps. Des images réalisées pour le besoin du film actuel. Des images où Bergman n’est pas présent. Des images où M Von Trotta peut par contre se mettre en scène elle-même, renforçant ainsi la proximité, voire la connivence avec le cinéaste,  qu’elle veut visiblement affirmer.

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Des extraits des films de Bergman (de tous ses films ?) Des extraits courts, identifiés par le titre du film dont ils sont issus (et l’année de sa réalisation), mais donnés comme significatifs de celui-ci. L’impression de puzzle est alors nettement renforcée. Certains de ces extraits sont commentés par M Von Trotta elle-même, comme c’est le cas pour la séquence inaugurale du Septième sceau, qu’elle décortique plan par plan.

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Des images filmiques de Bergman au travail. Sur un plateau de cinéma ou sur une scène de théâtre lors de répétition. Bergman dirigeant ses acteurs, surtout ses actrices. Dimension du travail du cinéaste sur lequel Von Trotta s’arrête beaucoup plus que sur ses interventions auprès de l’équipe technique.

Enfin, des rencontres-entretiens avec des cinéastes, suédois, allemands et français, des « spécialistes » de son œuvre, critiques ou universitaires, des femmes et des hommes qui ont connu Bergman, ses actrices favorites tout particulièrement. Tous se montrent admirateurs de l’œuvre de Bergman. Certains en font ressortir des aspects marquants, sa noirceur ou son pessimisme par exemple. Mais il faut bien reconnaître que l’analyse n’est pas vraiment traitée en profondeur. (Mais cela est-il possible dans un film ?)

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Le film se présente comme une enquête menée par Margarethe Von Trotta elle-même (très présente à l’écran). Il a donc une tournure très personnelle. Mais fait-elle de réelle découverte ? S’il ne revendique pas un statut théorique, il n’est pas vraiment non plus un travail historique.

Pour les plus jeunes spectateurs il y a là quand même une bonne occasion de découvrir un cinéaste important. Pour les autres resurgiront sans doute de vieux souvenirs de la découverte des premiers films d’Ingmar Bergman.

R COMME RETOUR – en Normandie

Retour en Normandie, Nicolas Philibert, 2007, 113 minutes.

Où l’auteur d’Être et Avoir évoque une aventure cinématographique hors norme et rend hommage à René Allio, cinéaste injustement oublié.

 En 1975 René Allio tourne Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère d’après le mémoire rédigé en prison par le meurtrier pour expliquer son geste et que venait de publier Michel Foucault.

Nicolas Philibert fut alors le premier assistant d’Allio pour la réalisation de ce film. Il fut en particulier chargé des repérages de lieux et de trouver les personnes, paysans normands, qui pourraient devenir les personnages du film. Car le projet d’Allio est de tourner sur les lieux même où s’est déroulé le drame en 1835 et de faire jouer des non professionnels, habitants de la région.

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30 ans après, Nicolas Philibert revient sur les lieux de ce travail et réalise un film qui est une sorte d’autobiographie professionnelle : Retour en Normandie, titre qui évoque directement un des derniers films de René Allio, Retour à Marseille, sa ville natale. On ne peut mieux dire que la Normandie fut le lieu de naissance cinématographique de Nicolas.

Le film de Philibert ne traite pas du tournage de Moi, Pierre Rivière, mais de sa préparation, en insistant sur les difficultés financières rencontrées pour le produire. Une semaine avant le début prévu du tournage, rien n’est encore définitivement bouclé. Pourtant le film se fera, et cette aventure laissera un souvenir impérissable tout autant au jeune assistant qu’aux paysans normands promus acteurs d’un jour.

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Visiblement, les acteurs improvisés de Moi, Pierre Rivière ont vécu cette aventure cinématographique à laquelle rien ne les prédestinait comme un grand moment de leur vie. Pourtant ils ne regrettent pas de ne pas avoir eu l’occasion de revenir devant les caméras. Ils n’étaient pas comédiens et ils ne le sont pas devenus en un film. Aujourd’hui, ils évoquent le souvenir de M. Allio avec émotion et admiration. Quant aux relations avec Philibert, elles sont restées franches et directes, ce qui permet, dans ce retour en Normandie, d’évoquer en toute sincérité leur vie actuelle et le chemin parcouru depuis le premier film.

Ce chemin de la vie a-t-il suivi inexorablement sa voie déjà toute tracée au moment où l’irruption imprévue du cinéma aurait pu le faire basculer ? La question n’a pas le même sens pour les adultes du film que pour ces enfants et adolescents qui tenaient le rôle des frères et sœurs de Pierre Rivière. Pour ces derniers, le film d’Allio a été bien autre chose qu’un simple intermède original et sans doute passionnant en soi, mais qui, une fois les caméras rangées et le film définitif projeté, n’était déjà plus qu’un souvenir. C’est le mérite de Philibert d’avoir pu faire s’exprimer le sens profond de cette expérience unique : ce que la sœur de Pierre Rivière, et Pierre Rivière lui-même, sont devenus ne le doivent-ils pas fondamentalement au fait d’avoir tenu ces rôles ? Le regard porté en 2005 sur Claude Hébert, qui fut un extraordinaire Pierre Rivière, est ici particulièrement significatif. Le film introduit d’ailleurs à son propos un surprenant suspens. Malgré tous ses efforts, Philibert ne retrouve pas la trace actuelle de Claude Hébert. Celui-ci a-t-il définitivement disparu ? A-t-il poursuivi la carrière de comédien qu’il avait entamé après le film d’Allio ? Question qui reste dans le film de Philibert longtemps sans réponse. Et puis, surprise – ou miracle ! – le voilà qui resurgit. Devenu prêtre en Australie, il peut faire un détour en Normandie à l’occasion d’un voyage en Europe, qui décidément tombe bien. Il y a beaucoup d’émotions dans ces retrouvailles de l’équipe du film au complet, du moins pour ces acteurs non professionnels qui ont donné au film d’Allio sa tonalité si particulière. L’absence du cinéaste ne s’en fait que plus cruellement ressentir.

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Retour en Normandie occupe une place très particulière dans l’œuvre déjà bien remplie de Nicolas Philibert. Après le succès d’Être et Avoir, le cinéaste semble avoir éprouvé le besoin de faire une pause. D’où ce regard rétrospectif sur ses débuts professionnels. Il s’agit bien d’un retour sur, sur une région, sur ses habitants, sur une aventure cinématographique. Philibert ne s’appesantit pas sur sa carrière. Mais celle-ci est présente en creux tout au long du film. Avec ses problèmes, techniques et financiers en particulier. Mais ce qu’il nous dit surtout, c’est que le cinéma n’est pas une activité professionnelle comme les autres. C’est un engagement de tout son être. Allio est la figure exemplaire de cette perspective. Nicolas Philibert peut légitimement avoir le sentiment d’avoir suivi la même direction, même si c’est par des chemins bien différents.